Zep

Quels étaient les personnages les plus difficiles à dessiner ?
Les personnages choisis pour représenter les chanteurs avaient surtout été conçus sur du vocabulaire, du langage. Par exemple, Souchon est un "piton piteux" : c'est vrai que le jeu de mots était amusant, mais dessiner Souchon en piton, ce n'est pas le truc le plus évocateur. Moi, j'avais envie que les animaux évoquent un peu les chanteurs, pour qu'on retrouve quelque chose d'eux. À l'arrivée, je ne sais pas si c'est réussi.

Maurane, aussi, a un personnage assez sensible, assez touchant, d'acrobate. Or son animal, c'est une pieuvre. C'est dur d'évoquer une grâce de danseuse avec un animal comme la pieuvre, tout mou tout gluant. Donc voilà, il fallait tricher, lui donner une certaine rigidité. Mais en même temps, j'aime bien que ce soit compliqué. Si on pouvait choisir, ce serait trop facile.

Et le personnage sur lequel vous vous êtes le plus "éclaté" ?
Je pense à l'éléphant, qui est celui que j'ai le plus dessiné. Beaucoup de ces dessins n'ont pas été utilisés. Mais il en faut beaucoup pour s'approprier le personnage.

En fait, j'ai bossé comme pour un livre pour enfants. Il faut que je croie à l'existence du personnage. Même si j'ai 35 ans, j'ai envie de croire que la petite souris que je dessine vit vraiment. Que ce n'est pas qu'un dessin, qu'elle passait par là, et que je l'ai attrapée, "croquée". Donc j'ai besoin de réaliser beaucoup de dessins pour que le personnage vive sous toutes les coutures. Je n'en garde qu'un seul à l'arrivée, mais on doit avoir l'impression que c'est vraiment lui. Et qu'on le voie, qu'on entende la voix du chanteur en le voyant, qu'il n'y ait pas de malaise, que ça sonne vrai.

Quand on vous a sollicité pour ce projet, vous avez tout de suite dit oui ? C'était évident pour vous de répondre présent ?
Oui. J'avais un peu de temps devant moi. Et puis j'adore dessiner des animaux, donc c'était la bonne occasion.

J'avais aussi envie de faire partie de l'équipe. Je crois que c'est l'un des éléments importants de ce projet : là on est nombreux, alors que d'habitude, je suis sollicité comme seul parrain sur un projet, ce qui demande beaucoup d'investissement et en plus, une présence pour une cause à laquelle on ne connaît pas forcement grand chose. Je pense que là, ce qui est mobilisateur c'est le fait qu'il y a une équipe formidable, et on se dit : "J'ai aussi envie d'être dedans !".

Vous aviez déjà fait la pochette du dernier album de Jean-Jacques Goldman, "Chansons pour les pieds". L'illustration des pochettes d'albums, est-ce une voie vers laquelle vous vous tournez, ou est-ce un pur hasard ?
C'est un hasard, et ce sont aussi des rencontres. Les gens que j'ai rencontrés pour Goldman connaissaient les gens de Sol en Si, donc le contact s'est fait comme ça. Mais c'est un milieu que j'aime bien. Je suis un rat de concert, je traîne toute le temps dans ce milieu-là comme spectateur. Passer de l'autre côté de la barrière, ça me plaît bien.

Est-ce que c'est différent de faire une pochette de disque plutôt qu'une BD, un livre ?
Non, en plus, c'est un disque un peu particulier. C'est un disque qui est un peu comme un livre puisque les chanteurs jouent le rôle d'un personnage, prêtent leur voix à un personnage. C'est plus dans la lignée de Pierre et le loup [de Prokofiev, ndlr] ou d'Emilie Jolie [de Philippe Chatel, ndlr], donc tout le monde va fabriquer une petite histoire, et c'est vraiment un travail d'auteur.

Êtes-vous conscient d'apporter une réelle plus value sur cet album, puisque vous êtes le "papa" de Titeuf, la star des 8-13 ans ? Est-ce que vous aviez conscience de ça en acceptant le projet ?
Non, je ne pense pas. Le projet a suffisamment de noms pour ne pas avoir besoin du dessinateur de Titeuf. En plus, je ne suis pas vraiment persuadé que les gens fassent vraiment le lien, et réalisent qu'il s'agit du le même dessinateur.

Par contre, je pense que j'étais capable de faire ce boulot-là. Parfois, on me sollicite pour un projet sur lequel je ne pense pas être la bonne personne. Ça me touche qu'on me le demande, mais je pense que d'autres gens feraient mieux que moi. Là, je ne dis pas que personne d'autre le ferait mieux que moi, mais j'estime que je l'ai assez bien fait, donc je suis content.

Chrystèle MOLLON / 22 septembre 2003
Photo © Steve Laucher / Glénat



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