"Vous avez forcément un grand-père sous la main, un enfant en bas-âge, une tante, un oncle, un papa, une maman, un voisin, un adversaire, un ennemi mortel… Tous, ils vont aimer Sol en Cirque, de 5 à 75 ans, devrait être remboursé par la sécurité sociale, ne l'est pas, donc achetez-le !" (Zazie)

"Il faut savoir qu'Alain Souchon est vraiment un serpent, personne ne le sait, mais dans ce métier c'est vraiment un serpent, et il est en piteux état ! Christophe se prend pour un vieux bébé, et ça c'est affligeant… Alors Axel (Bauer), sous prétexte qu'il a fait quelques chansons qui ont vaguement marché, même s'il a un certain talent, soit, se prend pour un serin sage… on croit rêver, mais que fait la police ? Carla, enfin, a piqué la place de Claudia pour faire la taupe modèle, et ça c'est pas joli joli !" (Zazie)


Vous êtes à l'origine de cette aventure… Racontez-nous comment cela s'est passé ?
Non, au tout début, il y avait Michel Jonasz, qui a contacté ses petits camarades en 1993 pour faire un album. Et là, Sol en Cirque, c'est venu d'un petit ras-le-bol entre Maxime le Forestier, Vincent Baguian et moi. On s'est dit que c'était quand même curieux, que les centres d'accueil de Sol en Si étaient en train de fermer les uns après les autres, et que le gouvernement ne faisait rien. Ce n'est plus "tendance", plus "fashion", avec toute l'atrocité de ce que je dis, de parler du Sida.

Or les gens en meurent toujours, donc il fallait faire quelque chose, en tant que citoyen, anonyme, tout d'abord… Que pouvait-on faire ? L'idée de Sol en Cirque est alors venue, non pas de la force du désespoir, mais de la force de l'espoir.

C'est vous qui êtes à l'origine de la formule "Sol en cirque" ?
J'avais le terme en tête, mais je ne savais pas du tout quoi mettre dedans. Je me disais vaguement qu'un chapiteau et le domaine du cirque était un endroit qui convenait en même temps aux enfants et aux parents qui les accompagnaient, donc ça me plaisait bien. Et puis dans le côté cirque, il y a le côté : "Qu'est-ce que c'est que ce cirque ?", le côté joyeux désordre qui me plaît bien aussi. Et comme je sais que nous sommes plein de bonne volonté mais très désordonnés en tant qu'artistes…

Voilà, c'était un fourre-tout qui nous allait bien pour l'association, et pour remettre aussi en avant le contexte de l'enfance, qui nous permettait vraiment de caractériser, de labeliser Sol en Si, par rapport à tout ce qui se fait en humanitaire.

Tous les artistes que vous avez sollicités ont-ils répondu présent ?
Tous ont répondu présent, mais tous n'ont pas pu y être. On en a même contacté plus qu'il fallait, persuadés qu'il y en aurait au moins quelques-uns qui allaient nous dire non, mais ça n'a pas été le cas. Du coup, on s'est retrouvé avec beaucoup d'artistes mais pas assez de chansons, alors on a réécrit des chansons… enfin, Vincent et Jean-Marie ont réécrit des chansons, et on se les est partagées, on a fait des duos, etc.

D'où vient l'inspiration du conte ?
Elle vient de Pierre et le loup [de Prokofiev, ndlr], et des aventures de Piccolo, Saxo & Cie [d'André Popp, ndlr]. Pierre et le loup, c'est l'imaginaire, or le domaine de l'enfance, c'est aussi la possibilité d'avoir un imaginaire fort. C'est vrai qu'on est un peu conduit par les dessins de Zep, qui nous aide à mettre une tête sur ce Big Mama l'éléphant, mais on a aussi cette part d'imaginaire, notamment grâce à Daniel Auteuil [Lion Perrache, le conteur, ndlr], qui est un peu notre Gérard Philippe à nous. Grâce à son talent de comédien, l'île de Pfff, sur laquelle vivent ces animaux, peut être tout et n'importe quoi. C'est joli, aussi, de laisser les enfants et les parents s'approprier leur Sol en Cirque.

Emilie Jolie [de Philippe Chatel, ndlr], aussi, nous a inspirés, parce que j'ai vu le spectacle, et j'ai trouvé ça bien parce que pour une fois, on ne prenait pas les enfants pour un sous-public, ou des benêts, qui ne comprenaient pas trop. Donc voilà, nous voulions essayer de faire quelque chose de respectable, de prendre les petits comme personnes humaines et pas comme demi-portions.



Ma vie de mygale

Qui êtes-vous, dans le disque ?
Je suis une mygale, et je suis ravie parce que je suis pour la réhabilitation des araignées. Elles sont velues, soit, mais fortement sympathiques. Alors moi je m'épile les jambes, c'est la seule différence avec Pat [la mygale, ndlr]… Ah non, je suis aussi moins bonne tricoteuse que la mygale (rires).

Comment vous êtes-vous plongée dans ce rôle de Pat la mygale ?
J'ai donc cessé de m'épiler pendant un moment -ce que mon amoureux vit très bien, en tant que guitariste chevronné, il sait que la pilosité n'a pas d'importance dans la vie de couple… (rires) Oh là, je délire complètement… Première chose, donc, ne pas s'épiler les jambes, deuxième chose, ne pas avoir le vertige, troisième chose, boire beaucoup pour que la bave puisse tisser suffisamment de chapiteaux pour tout le monde, et quatrième chose, réhabiliter les petites bêtes, qui sont en fait vachement utiles. C'est d'ailleurs ça le vrai message : "Réhabilitons les petites bêtes !" (rires). C'est donc pour ça que je l'ai fait, pour la réhabilitation de la mygale, qui n'est pas si venimeuse que cela…

Si vous n'aviez pas tenu le rôle de Pat la mygale, quel est celui que vous auriez aimer faire ?
De toute manière, comme à chaque fois que je participe à l'un de ces projets, je ne choisis pas. Je m'interdis de choisir, parce que c'est aussi, pour moi, la forme de mon engagement : je ne fais pas ça pour me faire plaisir -ce qui n'empêche pas qu'on puisse faire fromage et dessert Dieu merci !-, mais voilà, je prends ce qui reste, ce que les autres ne veulent pas. C'est déjà le cas aux Restos du Cœur, c'est le cas pour Sol en Si.

Il se trouve que j'avais une chanson, que j'avais composée mais dont je n'avais pas fait le texte, et comme cette chanson était un peu aérienne, on s'est dit que ça pourrait être pas mal pour la personne qui va tisser la toile. Or rien de mieux qu'une araignée pour tisser la toile d'un chapiteau.

Vous avez un physique de top model, et pourtant vous ne l'êtes pas dans ce conte…
Mais oui mais c'est Carla, tout ça parce qu'elle, elle s'est épilée les poils des mollets, elle m'a dit que décemment, c'était à moi de faire le rôle de Pat la mygale, c'est dégueulasse, c'est affligeant… Enfin bon (soupir puis rire)...



Prévenir avec légèreté

Vous vous êtes donc inspirés de "Pierre et le loup", mais là, le sujet est autrement plus grave. Est-ce toujours important de faire de la prévention ?
C'est surtout important d'être dans une certaine légèreté quand on parle de choses lourdes. C'est ce que j'aimais dans l'esprit d'Alain Danand, qui est décédé du Sida et qui était le président de Sol en Si, qui a fondé cette association : parler d'humanitaire, demander des sous aux gens, d'accord, mais en partageant le plaisir, et non pas l'atrocité et la culpabilité.

On est dans un monde très judéo-chrétien, où sous prétexte qu'on gagne un peu d'argent, ou qu'on fait ci ou qu'on fait ça, qu'on a un peu de réussite, il faudrait qu'on soit culpabilisé en permanence. Je pense que c'est une mauvaise route, et que c'est beaucoup plus intéressant d'être un peu léger et un peu jovial, même en parlant de choses qui le sont moins.

Toutes les chansons, justement, ne sont pas légères. Elles s'adressent plus aux parents finalement…
Elles s'adressent aux deux. C'est-à-dire que les parents vont peut-être plus voir qu'un enfant en bas âge pourquoi le crocodile s'appelle Hermès, ou que la taupe-modèle s'appelle Carla Bruni et non Claudia, mais il y a de quoi manger pour tout le monde. En tant que parents -enfin, nouvellement en ce qui me concerne-, Jean-Marie, Vincent et moi avions envie de pouvoir cautionner la chose qu'on allait acheter à nos enfants ou qu'ils allaient nous demander d'acheter. On est dans un marketing et un marché forcenés, et si au moins le marché peut être aussi cautionné par les parents, ça ne mange pas de pain.

Pourquoi avoir choisi un univers animal pour cette histoire ?
Quand on évoque des choses profondes, la symbolique est souvent plus parlante que le vrai terme, le vrai mot et la vraie situation. Quand je vois mon petit bout de chou, ou les enfants de Vincent et Jean-Marie, et le rapport qu'ils ont aux animaux, à leurs peluches, ça n'a rien à voir avec leur rapport aux adultes qui pour eux peut être un peu loin de leur réalité. Donc voilà, on avait envie d'être dans le monde de l'enfance, et rien de mieux pour parler aux enfants que d'être dans le monde des animaux, qui a priori ne sont pas capables de faire trop de mal…

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Chrystèle MOLLON / 22 septembre 2003
Dessin © Zep - Photo © Jean-Michel ROYER



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