Vous êtes dans l'aventure Sol en Si depuis le début. A votre avis, qu'est ce qui a changé dans la mentalité des français vis-à-vis de cette maladie ?
Oh là là ! L'évolution a été très importante : il y a d'abord eu une grande mobilisation dans les années 90. Puis, quand est arrivée la trithérapie [en 1996, ndlr], on a eu l'impression que tout le monde s'en foutait : toutes les associations qui devaient lever des fonds, soit pour la lutte, soit pour la recherche, soit pour l'aide aux malades, ont eu des difficultés. Même Act-up et Ensemble contre le Sida. Le Sida n'était plus porteur, comme on dit dans le show-business. C'est monstrueux mais c'est vrai.

Donc nous, on a vu nos ventes de disques se diviser par deux, et les associations ont eu de vrais problèmes.

En plus, les médecins disent que les gens se protègent moins. On a l'impression que la trithérapie a exonéré tout le monde de la nécessité de faire attention. Or si vous avez deux minutes, lisez la fiche qui accompagne les médicaments : vous verrez, absolument tous les effets secondaires, en gros tous les emmerdements qu'un être humain peut avoir sont là. C'est dur cette thérapie, c'est difficile, c'est pénible, c'est douloureux. Ce n'est pas parce que on ne meurt pas que la maladie n'est pas mauvaise.

Pour la première fois, dans cet album, on aborde dans les textes des chansons et dans le conte, des problèmes dus à cette maladie. Jusqu'à présent, les disques de Sol en Si étaient des albums de reprises. Pourquoi ce changement ?
Ce qui est difficile, c'est d'aborder cette maladie avec de l'humour. Nous, ce que nous ne voulions pas faire en 1993, c'était de la pleurnicherie. On ne voulait pas pleurer sur les malades du Sida, on voulait faire un spectacle marrant, tonique et drôle comme dans Les restos du cœur". Et c'est vrai que le talent de Vincent Baguian, Jean-Marie Leau et Zazie a été de trouver un système qui permette de sourire malgré le propos.

Aujourd'hui, vous sentiriez-vous capable de créer en chanson pour mettre en alerte par rapport aux problèmes soulevés dans ce conte ?
Je ne crois pas. Zazie l'avait fait, avec le merveilleux "Dodo Rémi" [extrait du second album de Sol en Si, 1995, ndlr], qui pour moi est ce qui a été écrit de plus digne sur le sujet. Mais c'est une chanson extrêmement triste. Moi j'ai essayé, j'y ai travaillé, je n'ai pas trouvé. Jean-Marie Leau, Zazie et Baguian, eux, ils ont trouvé !

Vous êtes Big Boss, le dromadaire funambule. Ce n'est pas un animal que vous avez choisi, je crois qu'on vous l'a imposé…
Le terme "imposé" ne me convient pas vraiment, parce que Vincent et Jean-Marie avaient vu juste, finalement. De toute façon, je n'ai pas ressenti d'obligation du tout. J'ai senti des mecs qui ont travaillé pour me faire un costume sur mesure.

Chrystèle MOLLON / 22 septembre 2003
Dessin © Zep - Photo © Jean-Michel ROYER



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