Après vous avoir présenté Nourith, premier rôle féminin de Dix Commandements, voici le co-auteur de cette comédie musicale : Lionel Florence, auteur de succés comme "Lucie" pour Pascal Obispo, "Savoir aimer" pour Florent Pagny ou bien encore "Tu ne m'as pas laissé le temps" pour David Hallyday.

Tout semble lui réussir et pourtant, de "Entre sourire et larmes" et les "Dix commandements", Lionel Florence se raconte sans rature, ni demi-mesure. Savoir écrire...

Avant "Sourires et Larmes"...
Je suis né le 29 avril 1958 à Nancy. J'ai passé toute mon enfance à Metz. A 18 ans, je suis venu à Paris pour faire des études d'Arts Plastiques dans le but d'être professeur de dessin. J'ai passé mon CAPES, mais j'ai arrêté d'enseigner il y a quatre ans.


Comment as-tu été contacté pour la compilation pour le sida "Entre sourire et larmes" ?
J'ai vu une annonce dans une association à laquelle j'adhérais. A l'époque, j'avais plein de chansons en stock, mais j'avais abandonné l'idée de les chanter ou de les commercialiser. Alors je me suis dit que je ne risquais rien à les envoyer.


Alain Chamfort, qui disait être ébloui par "Vu du ciel" dans des interviews, n'a- t-il pas été tenté par une collaboration avec toi sur ses albums solos ?
"Vu du ciel" est vraiment la première chanson qui m'a fait connaître. Alain Chamfort, c'est tout ce que j'aimais en musique dans mon adolescence, comme Françoise Hardy. J'ai vraiment été ravi de l'avoir rencontré et d'avoir écrit une chanson avec lui. C'est même moi qui lui ai demandé de continuer. Mais il m'a dit d'une façon très élégante et gentille qu'il travaillait toujours avec les mêmes auteurs, et qu'il ne souhaitait pas les trahir. J'ai insisté deux, trois fois en lui disant "Tu sais, j'ai d'autres chansons, je peux en faire d'autres", mais ça ne s'est pas fait. Aujourd'hui je le croise encore de temps à autre, et il est super content de mon succès d'auteur.


Comment écris-tu une chanson ? A partir d'une musique ?
Si les compositeurs aiment bien composer sur un texte, les auteurs par contre aiment bien écrire sur des musiques : il y a donc un moment où il faut faire un compromis. Au début, comme personne ne me proposait de musique, j'écrivais des textes ; ça tombait bien vu puisque Pascal Obispo préfère composer sur des textes. Maintenant, on m'envoie des musiques en me disant : "ça serait bien que tu écrives un texte dessus". Si la musique me plaît, je le fais avec plaisir. De plus en plus, je me mets à écrire sur des musiques.


Y a-t-il pour toi un moment privilégié pour l'écriture ?
En fait j'écris très très peu. Là, ça fait deux mois, je peux ne rien écrire, parce que ça ne vient pas. Je me dis que je ne suis plus capable d'écrire une chanson, et ça me fait flipper. Et un jour, ça revient, je m'aperçois qu'une idée en entraîne une autre. Un moment propice pour moi, c'est en fin de journée, vers sept heures du soir ; j'allume l'ordinateur et si ça ne vient pas, je fais autre chose, je ne force pas le truc. Je sais très bien qu'il y a des gens qui se lèvent à huit heures du matin et qui écrivent pendant dix heures. Mais moi j'aime bien écrire en fin de journée, après avoir accumulé pleins d'informations, c'est un peu la synthèse de la journée.


A-t-on déjà refusé certains de tes textes ?
Oui. Soit parce que ça ne collait pas avec la musique, soit parce que ce n'était pas ce que voulait dire l'artiste. Heureusement, ça n'arrive pas souvent. Par exemple, quand Pascal Obispo préparait son album Soledad, j'avais écrit une dizaine de textes, mais ça n'a pas collé. Il voulait des textes plus légers, un album différent des précédents, et il a privilégié la musique par rapport aux textes. Cependant, c'est vrai que j'étais un peu tombé dans le côté sombre, un peu plus profond que ce qu'il attendait. Parfois encore, je travaille avec des jeunes artistes, on fait des essais mais ça ne correspond pas forcément à ce dont ils ont envie ou à leur univers. Le dernier en date, c'est Frédéric Lerner, qui souhaitait que l'on travaille ensemble. On a fait deux/trois tentatives, mais ça n'a pas marché car il a une idée très musicale des mots, il est musicien avant tout. Ce que j'avais écrit pour lui était trop mûr ou trop mature. Ca ne peut pas marcher tout le temps.


Lorsqu'une chanson a été refusée une première fois, la proposes-tu ensuite à d'autres artistes ?
Ca dépend. Par exemple, pour Liane Foly, on avait fait cinq ou six chansons avec Calogero, et elle les a toutes refusées. Elle cherchait un album différent de ce qu'on avait fait. L'une de ces chanson s'est donc retrouvée sur le dernier opus de Florent Pagny ("L'air du temps"), et les autres iront à Pedro Alves [NDLR : Aaron dans "Les dix commandements"] pour son album solo. La chanson peut-être "bonne" tout en ne convenant pas à un artiste. Dernier exemple, Sa raison d'être, qui avait été proposée à plusieurs artistes, mais dont personne ne voulait.


Y a t-il des chansons auxquelles tu ne croyais pas et qui sont pourtant devenues des tubes ?
Oui, par exemple Tu ne m'as pas laissé le temps [NDLR : plus de 800.000 singles vendus] avec David Hallyday. Quand la maison de disque m'a annoncé qu'elle allait la sortir comme premier single, je leur ai dit "Vous êtes fous". Je pensais que David aurait choisi une chanson plus rock, plus forte, comme Virtuel, qui correspondait plus à son image et à celle de son père. Je croyais aussi que les gens n'allaient pas du tout aimer cette petite ballade, mais finalement, l'alchimie a pris… Comme quoi, c'est bien de se tromper !


Comment as-tu été amené à travailler sur "Les dix Commandements" ?
De façon très spontanée : un dimanche après-midi, Pascal Obispo m'appelle : "Ecoute, Elie Chouraqui vient chez moi pour nous parler d'un projet : ça serait bien que tu sois là". Il y avait aussi Patrice Guirao qui était à Paris à ce moment-là. Pascal lui avait dit la même chose. Je suis arrivé, nous avons écouté Elie Chouraqui et à la fin, Pascal a annoncé à Chouraqui "C'est Patrice et Lionel qui vont écrire les paroles de cette comédie musicale". Moi, j'ai fait la gueule parce qu'il fallait partir à Tahiti la semaine suivante. Je ne suis pas un aventurier, je n'aime pas trop me déplacer. Mon signe astrologique, c'est taureau, et je suis donc un peu lent à prendre les décisions. Là, Pascal a tranché pour moi et je suis donc parti à Tahiti rejoindre Patrice.


Une fois arrivé là-bas, comment s'est passée la collaboration artistique avec lui ?
Ce fut génial ! Après son passage à Paris, il était reparti en avion sans me laisser ses coordonnées. Comme il ne m'avait jamais rappelé, j'ai pris l'avion en me disant : "Je vais arriver à l'aéroport, et je ferai demi-tour". Mais Patrice, bien que persuadé que je n'allais jamais venir, est quand même venu à l'aéroport, où nous nous sommes retrouvés à 6 heures. Et à 10 heures du matin, la première chanson était écrite : on avait pris un café, on était allé chez lui, il m'avait présenté sa femme et ses deux filles. On s'était assis l'un en face de l'autre, et on a écrit la première chanson en un quart d'heure... Tu ne sais pas pourquoi tout à coup, le courant passe enfin un peu. Patrice et moi sommes assez complémentaires au niveau de l'écriture. Lui est assez sophistiqué, il est très sensible aux mots il aime bien la poésie, et aller chercher les choses... Moi je suis plus simple, le message doit être clair tout de suite.


Toutes les chansons du spectacle ont-elles été écrites avec Patrice Guirao ?
Honnêtement oui, on a tout écrit ensemble, à part une ou deux chansons. J'entends par-là que l'on a écrit l'ensemble de chaque chanson ensemble, et non un refrain par Patrice, et les couplets par moi. On partait sur un sujet, sur lequel on écrivait chacun de notre côté. Puis on comparait les trois/quatre lignes que nous avions sorties, et on se critiquait vraiment. On se disait tout, on ne se cachait rien : une confiance totale.


Ecrire avec un autre auteur, ça ne doit pas être simple...
Tous les deux, nous n'avions jamais écrit à deux sur un si gros travail. On ne savait pas du tout si ça allait marcher ou pas, si on allait s'entendre à ne faire que ça pendant trois semaines. Mais Patrice est quelqu'un d'humainement très gentil, et tellement calme et serein !. Il a ses angoisses intérieures comme tout le monde, mais ce qui lui arrive n'est jamais la faute de l'autre, il en veut jamais à personne. C'est un bonheur de le rencontrer. C'est reposant quand on, sort du stress parisien avec son agressivité permanente.


Vous êtes-vous documenté sur le sujet ?
On connaissait le fil conducteur de l'histoire, mais on ne voulait pas faire un truc historique à la Cecil B. De Mille [NDLR : réalisateur du film Les dix commandements,en 1923], trop ciblé religion juive. Patrice avait loué Le prince d'Egypte, il en avait regardé cinq minutes avant de s'endormir dessus. Moi, j'avais loué le film de Cecil B. De Mille, mais j'avais arrêté au bout d'un quart d'heure. On s'est donc contentés de deux ou trois excellents bouquins sur la vie de Moïse, en essayant de comprendre ce que signifiaient chacun de ces "dix commandements".


C'est-à-dire ?
Le premier commandement, c'est "Tu n'auras point d'autres dieux devant ma face" : sa signification n'est pas évidente, alors que si on te dit "Tu ne tueras point", on comprend immédiatement. Pour les cinq premiers commandements, on a fait un véritable décryptage, en se demandant pourquoi ces commandements avaient été écrits il y a deux mille ans. Et on a découvert qu'ils servaient à mettre de l'ordre dans la vie.


Est-ce une volonté de ta part de rester en retrait par rapport à la promotion du spectacle ?
Avec Patrice, nous ne sommes pas du genre à nous mettre en avant mais nous tenons quand même à notre place. Sur la toute première affiche du spectacle, il n'y avait pas nos noms dessus. Nous nous sommes dits que nous existions quand même, et nous nous sommes un peu fâchés. La production avait juste oublié (rires). Patrice et moi avions quand même bien compris, accepté et digéré que les noms de Pascal Obispo et d'Elie Chouraqui soient mis en avant. Mais à certains moments, ça allait un peu loin, or il faut rendre à César ce qui est à César : j'ai lu dans des articles de presse que c'était Elie Chouraqui qui avait écrit les paroles… On veut bien qu'il soit connu et qu'il ait fait des films, mais bon… On l'a mal pris à certains moments.


Interviens-tu dans l'organisation du spectacle ?
Deux ou trois fois par semaine, j'assistais aux répétitions [NDLR : mois de juillet-aout-septembre 2000] pour voir comment ça se passait. Mais je crois qu'Elie Chouraqui avait, depuis le début, sa mise en scène en tête, donc les quelques remarques que j'ai émises n'ont pas été suivies. Cela dit, il ne nous a pas fait changer une seule phrase dans nos textes, donc Patrice et moi ne nous sommes pas occupés de sa mise en scène.


En revanche, est-ce toi qui choisis les singles ?
Non, et c'est mieux comme ça, je me serais complètement planté. Pour moi, L'envie d'aimer n'était pas une chanson qu'il fallait pas sortir en premier… J'avais envie de sortir les singles par ordre chronologique, en commençant par Je te laisse à l'abandon, afin de faire découvrir l'histoire peu à peu, or c'est une démarche complètement anti-commerciale. En singles, je sentais assez mal La peine maximum et Mon frère, que j'aime bien mais que je trouve assez difficiles en radio. Il vaut donc mieux que je me taise !. Quand tu vois l'impact qu'a eu L'envie d'aimer, heureusement qu'on n'a pas suivi mon avis ! Les maisons de disques ou les gens du métier, comme Pascal Obispo, ont souvent raison.


Quelle a été votre réaction, à Patrice Guirao et à toi, lors du spectacle ?
C'était génial, exactement à l'image de ce que je voulais. J'ai retrouvé tout ce côté humain du rapport que j'ai eu avec Patrice Guirao, et c'était très émouvant. Patrice ne voulait pas venir à Paris [NDLR : il habite à Tahiti], je lui ai demandé de venir et il n'a pas regretté d'avoir accepté. J'étais heureux de partager ce moment avec lui et de voir les gens enthousiastes. J'étais fier, une grosse charge d'émotions.


On parle d'une adaptation de la comédie musicale en anglais. Peux-tu nous en dire plus ?
Il y a déjà quelqu'un qui travaille dessus…


Sam Stoner, le guitariste de Pascal Obispo ?
Bravo ! Patrice Guirao et moi avons rencontré Sam et sa femme : on a dîné tous les quatre. Et vraiment, je peux me tromper mais je suis quasiment sûr que ça va être sublime : Sam est d'origine anglophone et sa femme est Française ; ils vont donc totalement se compléter. Ils ont parfaitement compris ce qu'il fallait faire. Ils vivent tranquillement dans le Sud de la France, ils ont de l'espace, et c'est une aventure qu'ils prennent vraiment à cœur, et non une simple histoire d'argent. Cette version anglaise est destinée à l'Angleterre ou aux Etats-Unis, et j'ai suffisamment confiance en Sam pour savoir que le résultat sera très bien. En tous cas, quand on a rencontré Sam et sa femme, Patrice et moi avons vraiment été rassurés quant aux mains auxquelles on confiait le bébé…


Comment as-tu réagi face à l'adaptation anglaise de "Lucie" par Barratt Waugh ?
J'ai beaucoup aimé, j'ai trouvé ça très joli.


Quels sont tes projets d'écriture ?
J'ai fait quelques titres pour Anne Warin ainsi que pour Nourith : pour cette dernière, j'ai écrit sur trois jolies mélodies qu'elle avait composées avec son guitariste Jean-Pierre Taïeb. Je ne sais pas si elle va les garder. Je travaille également régulièrement avec Calogero.


Quel est ta vision d'Internet ?
Je l'ai beaucoup utilisé à un moment donné. Mais j'y passé beaucoup trop de temps (5 à 6 heures/jour) et je n'en sortais plus… il faut dire que j'avais le câble. C'était vraiment épouvantable, donc j'ai tout arrêté, et je ne lis maintenant plus que mes mails. C'est un truc génial, le truc de demain mais en ce qui me concerne, son manque de limites ne me convient pas.


Que penses-tu des sites sur lesquels sont publiés tes textes ?
C'est très bien, c'est l'une des utilisations les plus intéressantes du net .


Malgré une perte de droits d'auteur ?
Oui, bien sûr, puisque les paroles ont déjà été déposées, entendues à la radio ou imprimées sur le livret d'un album.


Ça ne te pose donc aucun problème ?
Non parce que ces paroles ne valent rien. Ce ne sont jamais de nouveaux textes inédits que découvrent les internautes, donc il n'y a pas "vol".

Jean-Michel ROYER / 17 mars 2001
Photo © Stéphane de Bourgies

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