Il y a quelques mois, Jean-Félix nous avait accordé une interview exclusive. Avec lui, nous étions revenus sur les tournois de guitare du Réservoir (aujourd'hui rebaptisées "Autour de la guitare au Réservoir"), qui sont à l'origine de ces nouveaux rendez-vous de plus en plus populaires : les concerts de l'Olympia, dont est extrait ce CD que nous vous présentons cette semaine.

L'occasion aussi d'évoquer sa passion pour cet instrument, et celle, naissante, pour un autre instrument : le clavier… de son ordinateur !

Depuis la rentrée 2001, les soirées au Réservoir ont changé de formule : elles sont rebaptisées "Autour de la guitare au Réservoir", et Jean-Félix n'en est plus le maître de cérémonie (pour cause d'emploi du temps surchargé…). Lorsqu'il ne peut être présent, il "invite un guitariste qui invite", et la soirée se déroule alors sur le même principe qu'auparavant.

Le prochain concert "Autour de la guitare au Réservoir" aura lieu le 5 mai.

Par ailleurs, Jean-Félix poursuit sa route aux côtés de Maxime Le Forestier, pour sa tournée ("Plutôt guitare"), dont un live devrait être extrait dans le courant de l'année. Année chargée pour l'artiste, puisqu'il vient de sortir un album avec le guitariste Yan Vagh ("Voies secrètes"), il a réalisé le nouvel album de Nana Mouskouri (dans les bacs en avril), et s'est vu confié la direction musicale d'une grande soirée hommage à Georges Brassens, qui se déroulera à l'Olympia le 15 juin 2002 en présence de nombreux invités.

Pour quelle raison les tournois de guitare se déroulent-ils au Réservoir ? Y avez-vous vous-même des souvenirs particuliers ?
J'ai découvert ce lieu par hasard ; j'y ai tout de suite senti une ambiance propice à l'acoustique et à ce genre de concerts alors que, paradoxalement, la programmation était jusque là rock et "underground" ; par chance, cela coïncidait aussi avec l'envie de la direction du lieu de changer d'esprit de programmation, j'ai donc foncé..


Depuis quand organisez-vous ces tournois, et comment l'idée vous en est-elle venue ?
Les premiers doivent dater de 1999. Je connais beaucoup de guitaristes de styles différents ne se connaissant pas forcément entre eux, et j'ai la chance d'avoir eu une formation polyvalente me permettant de jouer moi même dans des styles très variés. L'idée était donc de jouer l'hôte, un petit peu comme si je recevais chez moi et que je faisais la cuisine avec un plus pour les gens, c'est que chacun faisant partie d'un ensemble, il doit jouer finalement très peu et par conséquent doit donner l'essentiel de ce qu'il est, donc pas de risque d'ennui. De plus, chaque guitariste jouant dans un style propre, les gens ont la possibilité de voir à quel point un instrumentiste, avec le même instrument de base, peut avoir des sonorités radicalement différentes.


Comment choisissez-vous vos invités ? Les morceaux interprétés ?
Les invités sont choisis au hasard de mes rencontres ou parmi mes amis. Il m'arrive même d'inviter des gens que je ne connais même pas physiquement, et à qui je donne rendez-vous directement au Réservoir pour la balance. C'est la magie de la musique : on n'a pas forcement besoin de se connaître pour jouer ensemble ! Et puis le principe des "tournois de guitare" est basé sur l'improvisation.


Comment préparez-vous la soirée ? N'y a-t-il qu'une seule répétition avant le concert du soir ?
Je prépare la conduite en faisant attention que chacun ait une présence égale, en essayant de "marier" les musiciens, soit par affinité, soit au contraire en jouant sur les paradoxes (un bluesman avec un guitariste classique par exemple). Arrivé à la balance, je dis à chacun avec qui il doit jouer et les musiciens s'isolent pour choisir un morceau ; ils ont juste le temps de décider quoi jouer mais pas vraiment le temps de répéter, d'où une grande part d'improvisation sur scène. En début de concert, je demande à chacun des invités de jouer un solo pour qu'il puisse se "présenter" musicalement.


Avez-vous déjà été déçu par la prestation de l'un de vos invités ?
Oui, malheureusement : il arrive que certains ne rentrent pas dans l'esprit de la soirée, qui se veut plus altruiste qu'égotique, et cherchent à tirer la couverture à eux. Mais c'est rare…


Au contraire, l'un d'eux vous a-t-il "épaté" au-delà de vos attentes ?
Oui, Jean-Marie Ecay par exemple, dans l'un des derniers tournois. Il était tout simplement époustouflant !!


Vous attendez-vous d'ailleurs à être "épaté" par vos collègues ? Qu'attendez-vous précisément de ces soirées ?
J'attends surtout que chacun se montre comme il est, sans tricher. La réalité musicale et humaine m'est plus importante que la technique.


L'un des guitaristes "amateur" (du public) que vous invitez sur scène à chaque édition s'est-il déjà révélé être un très bon musicien, auquel cette prestation imprévue aurait donné un "coup de pouce" (par votre intermédiaire par exemple) ?
Il y a eu de bons musiciens qui sont montés sur scène, mais pas au point d'être des solistes à part entière ; en tout cas jusqu'à présent.


Quel est votre meilleur souvenir de tournoi ?
Il y en a beaucoup trop...


"La musique est un langage"

Vous jouez de la guitare depuis très longtemps, mais depuis quand exactement ? Comment y êtes-vous venu, et pourquoi cet instrument vous a-t-il alors séduit ?
J'avais 11 ans, et j'étais chez un ami de mes frères ; je m'ennuyais, il y avait une guitare derrière la télévision, je l'ai prise et je me suis mis à jouer dessus, tout simplement...


Grâce à votre formation classique, vous vous êtes essayé à divers styles (jazz, jazz-rock, country, musique de films, variétés, etc.). Lequel a votre préférence ?
Celui que je joue au moment ou je le joue. La musique est pour moi avant tout un langage ; les notes sont des mots et le style, un propos.


Vous avez publié des recueils de tablatures pour des chansons de votre frère [Francis Lalanne, NDLR], mais aussi pour des chansons de Jean-Jacques Goldman. Pourquoi ce dernier choix ?
L'éditeur de Jean-Jacques m'avait proposé ce travail ; j'ai trouvé l'idée intéressante et j'ai accepté. Avec d'autant plus de plaisir que Jean-Jacques est un homme d'une qualité humaine rare.


Vous accompagnez Maxime Le Forestier sur sa dernière tournée ["Plutôt guitare", voir les dates sur le site de Jean-Félix - NDLR], vous avez déjà eu l'occasion de jouer avec d'autres chanteurs, mais vous écrivez vous-même des chansons. Pourquoi ne sont-elles pas mises davantage en avant ?
Parce que je n'ai pas assez confiance en moi sur ce terrain-là.


Vous avez un site internet officiel ; participez-vous à sa conception, sa mise en page et sa réactualisation ?
Oui le plus possible, mais je manque de temps même pour des mises à jour régulières ; heureusement, Marc Hotton, le concepteur et développeur, veille sur mon site.


Etes-vous un internaute assidu ? Si oui, quelle utilisation faîtes-vous du net ?
J'emaile et je surfe, mais toujours pour chercher quelque chose de précis.


Enfin, votre avis sur le MP3 ?
Je pense que le support comme le cd est dépassé et que bientôt, les serveurs remplaceront les platines. Les lois sont juste en retard face à la technologie, comme toujours. C'est évident que les musiciens et les créateurs doivent être protégés et que la diffusion en mp3 doit être réglementée, mais je dois avouer que j'aime bien l'idée que les maisons de disque, qui ont mangé leur pain blanc avec les compils et les recompils et les master compils, soient dérangées par ce phénomène. Le monopole n'a jamais fait avancer les choses.

Chrystèle MOLLON / avril 2001
Photo © Sophie Perrin/Universal Music

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