Ses plus belles histoires

Finalement, on voit qu'en quinze ans, vous n'avez pas changé... car après ces cinq chansons, on arrive à neuf titres anciens, dont cinq extraits du premier album...
Il y en a une du deuxième, une du troisième et puis deux reprises de Martin Circus que j'ai réenregistrées. Là, je suis en train de réaliser que même la reprise que j'ai faite de " J'en rêve encore " de De Palmas, est une histoire de rupture non consommée. J'ai choisi cette chanson-là parce que c'est vraiment une histoire que j'ai vécue. C'est comme si je l'avais écrite moi-même... " Même si je m'améliore, j'en rêve encore... ". Donc, pas de problème pour endosser ce costume d'interprète.

De Palmas, à l'époque vivait ça, lui aussi
Certainement. Parce que je pense que c'est quelqu'un de foncièrement honnête.

On va revenir en arrière. En janvier 1987, vous sortez " Une autre histoire ". À tous les sens du terme, puisque c'était une sorte de rupture et de renouvellement. Les années qui ont précédé ce disque, vous avez écrit. Vous n'avez pas eu trop de problèmes pour trouver l'inspiration ? Est-ce que vous aviez assez de motivation ? Ça n'a pas été difficile ?
Non, c'était plutôt assez bien garni de chansons chez moi. J'avais une envie folle d'en faire. Les dernières années du groupe (Martin Circus) ont été plus laborieuses. À partir du début 80, on était moins créatifs. On avait des idées, on avait toujours l'envie d'être ensemble, mais quand ça fait plus de quinze ans c'est plus lourd que quand ça fait cinq ou six ans. Donc, le fait de se retrouver seul m'a redonné une envie incroyable. J'avais plein de bouts de chansons. Mon problème était " comment en extraire une, comment en mettre une en avant ". C'était un peu hasardeux. Avec " Une autre histoire ", il y a eu beaucoup de hasards aussi. D'abord, j'en ai fait une ballade. Je l'ai présenté à ma maison de disques comme une ballade, comme la première partie de la chanson telle qu'on la connait. La maison de disque trouvait ça très bien, mais après j'ai fait une autre version qui bougeait, comme la deuxième partie. On m'a dit que c'était bien aussi. Mais on n'allait pas faire les deux, il fallait choisir. Finalement, un matin, je me suis réveillé avec cette inspiration de mélanger les deux : lente puis ça démarre d'un coup. On m'a dit : " C'est pas possible de faire ça, ça n'existe pas, et les FM vont nous jeter... ". C'est vrai que c'était le début des formats. On l'a fait. Dans les maisons de disques, ils n'en voulaient pas. Il y en a eu une qui en a vaguement voulu, c'était EMI. Après, avec les radios, ça a été hard, ils n'en voulaient pas. Ou alors, ils commençaient le disque au début de la deuxième partie. Il y en a qui ont choisit la face B parce qu'elle était plus conventionnelle. À un moment donné, il a eu NRJ qui a démarré le truc alors tous ont trouvé ça formidable. Les radios sont hyper frileuses. Par contre, dès qu'ils voient qu'il y a un truc, ils se jettent tous dessus. Tout ça pour dire que j'avais plein de chansons sur le gaz, et même celle-là, sa forme n'était pas prédéterminée.

Et pourquoi celle-là spécialement par rapport aux autres ?
Il y eu un consensus entre mon entourage et moi. " Oui, c'est la plus jolie. Et en plus, je vais la faire lente et rapide ". " Bon, d'accord "... (rires). En même temps, j'étais assez sûr de moi. C'est très prétentieux ce que je dis mais je trouvais ça vachement bien. Je me suis dit que ça n'allait peut-être plaire à personne mais j'étais très content. Je n'ai pas changé à ce niveau-là. C'est pareil pour le nouvel album " Mes plus belles histoires ". Je ne sais pas si ça va marcher mais je suis très content (rires).

On connaît la suite puisque " Une autre histoire " a été n° 2 du top 50 pendant l'été 1987. Suite logique du succès, vous sortez un album " Ailleurs pour un ailleurs ". Et là vous sembliez avoir trouvé votre auteur fétiche. Il s'agissait de Marc Strawzinski.
On a beaucoup travaillé ensemble, on écrivait les textes ensemble. Il venait chez moi. Je me mettais au piano, à la guitare. Il restait dix heures avec moi, je lui chantais des mélodies puis il me jetait un mot, puis je lui en rejetais un autre... On faisait du ping-pong avec les mots, comme ça. On se racontait nos vies en même temps... on avait des vies similaires. Donc, ça n'a jamais été une écriture de textes, on se parlait... Moi, j'étais là... (il fredonne)... Il disait " On se donne... du soleil dans la nuit "... " Ah, oui, c'est ça ". C'est pas un auteur fétiche, on vivait pratiquement ensemble. Tout ça, ça a duré un an et demi, toute la durée de l'enregistrement de l'album. Le problème, c'est que Marc est tombé malade. Il a eu une grave maladie, la sclérose en plaques. Sa santé a périclité jusqu'en 1991. Il a encore écrit quelques textes pour mon second album puis il est décédé. J'ai perdu un ami, un auteur, un mec formidable... que j'aimerais avoir près de moi aujourd'hui parce qu'il avait un regard formidable et qu'on a écrit des trucs supers ensemble.

Il avait écrit huit textes sur dix dans cet album. Il y a un autre texte... une chanson qu'avait chanté Stéphanie avant vous, c'est " Dis tout bas, dis ".
Ce qui s'est passé, c'est qu'en réalité, j'avais fait cette chanson pour moi. Je l'ai écrite avec Michel Jouveaux. Et puis, quand j'étais au studio à commencer mes maquettes, j'ai croisé Stéphanie et son producteur. On était dans le même studio. Et tout naturellement, elle est venue vers moi. Je jouais cette chanson au piano, elle a eu envie de la chanter. Il y a eu comme ça quatre chansons que j'ai faites sur son album. Pour tout dire, on l'a même faite en duo. J'ai toujours la cassette. On ne l'a jamais sorti. Quand j'ai fait mon album, six mois après, je me suis dit que j'aimais beaucoup cette chanson. Elle était faite pour moi, donc je l'ai reprise.

En bonus, sur le CD, il y a la version anglaise de Une autre histoire.
Ça, c'était une commande de la maison de disques qui m'a dit qu'il y avait une demande. Je l'ai fait, There must be a woman. C'est un bonus track que j'ai mis mais je n'aurais pas fait des arrangements comme ça pour la faire en anglais. L'arrangement que j'ai fait correspondait bien à ce qui se passait en France à ce moment-là et l'état d'esprit latin français. Pour une version anglaise, si j'avais été au bout des choses, j'aurais certainement fait une version différente encore... (rires) une troisième version.

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Ludovic LORENZI / Paris, 4 juin 2003
Photo X./Warner

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