Ses plus belles histoires

Bonjour et merci d'avoir accepté l'interview.
Ça me fait plaisir, parce que j'ai lu ta chronique et je l'ai trouvée fort pertinente.

Cela faisait huit ans que vous n'aviez rien sorti...
Oui, ça faisait un long moment. Ca n'était pas possible pour plein de raisons et puis les choses se sont construites

Parlons des nouveaux titres. Qu'est-ce qui vous a inspiré ? Par exemple, commençons par le premier L'amour parle plus fort que les mots.
Voilà, je pense que tout est dit dans le titre (rires). Ce qui veut dire qu'on entend beaucoup de gens en parler et finalement, l'époque actuelle ne montre pas beaucoup d'amour donc c'est un prêche très baba cool et très " faisons-le, cessons d'en parler ". Sentir la peau... je ne parle pas de la couleur mais de la texture... de quelqu'un qu'on aime, c'est peut-être plus important que de raconter des milliards de trucs ou de se la raconter tout court. Ça veut dire qu'il faut savoir saisir les moments de vibration importants dans l'amour et les prendre dans l'instant. Finalement, est-ce qu'on est encore capable de ce genre de trucs ? Ce n'est pas tous les jours évident dans le monde qui nous entoure.

La deuxième chanson, Comme tout le monde.
Comme tout le monde, c'est autre chose. C'est exactement ce que je pense. Je suis comme tout le monde, je marche, je tombe, je pleure, je ris, je gagne, je perds, je fais des bêtises, je réussis des choses, je fais des choses dans la sensibilité et des fois, je mets les pieds dans le plat. Mais à la fin du refrain, je dis que finalement, je ne cherche qu'une chose : c'est aimer. Et toutes ces erreurs qu'on fait dans le vie, toutes ces actions ne tendent que vers ça. C'est un autre axe que la première chanson.

Il ne faut pas chercher les explications très loin en fait.
Non. Une chanson, c'est comme un jeu de construction. Si on ne met pas les deux premières briques au bon endroit. On va monter un immeuble qui est complètement bancal. À chaque fois que ça s'embarque mal, quand je commence une chanson, au niveau des mots ou au niveau des rythmiques, je finis toujours dans un cul-de-sac effrayant. Il faut commencer bien… Une chanson peut avoir différents niveaux de compréhension. Il faut qu'on comprenne au premier degré justement les choses pour que tout s'emboîte.

La troisième chanson s'appelle Leslie, Tom et Jane : est-ce que ce sont des souvenirs d'enfance ?
C'est vraiment une chanson autobiographique, celle-là. Je ne me suis absolument pas creusé la tête pour trouver une nouvelle manière de parler d'amour. Là, je n'ai eu qu'à faire une régression à l'intérieur de moi-même (rires) et de me retrouver quand j'avais 16 ou 17 ans. Et effectivement, j'allais à l'Olympia voir des artistes qui me fascinaient et c'était aussi l'époque des premiers amours. Quand on marchait sur le boulevard des Capucines, le long de l'Olympia, il se passait tout ça dans nos têtes. On était aussi bien troublés, complètement bouleversés, par les concerts de Bob Dylan ou de Jimmy Hendrix, et en même temps nos têtes et nos cœurs étaient partagés entre ça et les amours fulgurants qui pouvaient nous traverser, adolescents. Mais elle n'est pas simplement tournée vers la nostalgie parce que dans les deux ponts, je dis "mais finalement c'est l'homme que je suis aujourd'hui, qui chante cette chanson" et qui dit aussi "qu'est-ce qu'on peut faire de mieux que de courir toute sa vie après son rêve". C'est ce que j'essaye de faire en faisant mon métier. Ne pas lâcher prise, ne pas lâcher mes rêves de cette époque, continuer à les vivre en continuant à écrire des chansons. Tout ça, c'est la même histoire.

Elle et toi. C'est une chanson qui à l'air très actuelle qui passerait très très bien en radio. Qui est la jeune fille qui chante avec vous ? D'où vous est venue l'idée du duo ?
La jeune fille qui chante avec moi s'appelle Zab. C'est une chanteuse comédienne que j'ai connue il y a plusieurs années parce que j'avais tenté à l'époque de produire un groupe de filles. Ça n'a pas fonctionné mais on est resté très liés. Je suis allé la voir dans plusieurs spectacles. Elle avait le premier rôle de la comédie musicale Hair, il y a trois ou quatre ans à Mogador. Je suis aussi allé la voir chanter, puisqu'elle a un groupe de pop rock, au MCM café. Je suis allé la voir jouer du Shakespeare au théâtre... Donc, tu vois, elle sait un peu tout faire. C'est assez naturellement, quand cette chanson est née, que je me suis dit que ce serait une bonne idée de la chanter à deux. On a fait la maquette et voilà. Ça s'est passé très naturellement. Pourquoi une fille ? C'est parce qu'on parle de l'amour au premier regard... du moins, cette sensation qu'on a quand on rencontre quelqu'un et qu'on a l'impression de le connaître depuis toujours. Ça n'arrive pas souvent dans la vie, peut-être deux ou trois fois mais on a le sentiment qu'on reconnaît son odeur, ses yeux... on tombe instantanément amoureux. " Juste parce que c'est elle et toi... comme un attentat dans ta vie... et voilà qu'elle est là… ". C'est quelqu'un qui crève le plafond et qui tombe au milieu de ton salon. Il y a des gens que tu croises dans une soirée ou dans un moment et tu te dis " j'ai déjà vécu cette scène-là, je la connais " ou " c'est pas possible de partager autant de choses sans s'être déjà vus avant ". C'est juste une photo de ce flash-là.

Pour la faire rêver, j'imagine que c'est un peu dans le même registre que les premières ?
Je pense que je l'ai vu comme une très jolie chanson d'amour mais qui parle de l'espoir qu'un homme peut avoir de se dire "j'ai envie de la caresser mais avec ma voix" (rires). Si je devais penser à un clip pour cette chanson, ce serait moi en train de jouer de la guitare et de susurrer à l'oreille d'une femme cette mélodie et que tout à coup, ça lui donne envie de tourbillonner et danser. C'est une image très simple. C'est comme le gitan qui joue de la guitare et puis sa fiancée va danser. C'est sa réponse. Les deux ensemble, ça fait une espèce d'œuvre instantanée.

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Ludovic LORENZI / Paris, 4 juin 2003
Photo X./Warner

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