Il l'avait annoncé à travers le titre de son premier album sorti il y a quelques mois, ce qui motive Frédéric Lerner, c'est la scène. Après avoir tourné tout l'été sur des petites scènes à travers l'Hexagone, le chanteur passera son premier test parisien lundi prochain, le 22 octobre, à la Cigale, salle rock réputée au pied de Montmartre.

Fin avril, le " nouveau Goldman " comme il déteste qu'on l'appelle, avait fait halte du côté de Bourges, à l'occasion du printemps de la chanson.

C'est là que, en exclusivité pour Info-Music, nous avions rencontré cet artiste dont le plus grand défi sera peut-être de se démarquer de ses modèles pour trouver sa propre voie…

Comment se sent-on lorsqu'on descend de scène, après l'un de ses tout premiers concerts ?
C'était le troisième concert en fait exactement, et devant autant de monde c'était l'un des premiers. On n'a qu'une envie, c'est d'y retourner ! C'était un peu court, mais bon, on aura notre place, j'espère…


As-tu le trac avant de monter sur scène ?
En fait je suis partagé entre une grande excitation et bien sûr le trac, parce que surtout au printemps de Bourges, on ne sait pas à quoi s'attendre parce que ce sont des puristes en général, donc on avait préparé les détachants pour les habits au cas où on se ferait lancer des tomates, mais finalement, je pense que ça ne s'est pas mal passé.


Sur scène, tu n'as pas toujours ta guitare, pourquoi ?
Parce que je trouve qu'on finit par se cacher derrière, et c'est un peu dommage pour le public. Et moi qui suis très timide, j'aurais tendance à plutôt chanter comme ça [il met sa guitare à hauteur de sa tête, comme pour se cacher], donc certaines personnes de mon entourage me l'ont enlevée. Et ils ont raison je pense.


Tu as joué ce soir avant Raphaël et Gérald de Palmas, tu les connais, tu aimes ce qu'ils font ?
J'aime beaucoup de choses, donc j'adore de Palmas, je suis un de ceux qui sont très content qu'il revienne aujourd'hui après tant d'absence. Avec Gérald on se croise très souvent sur les plateaux de télé ou dans des radios, mais on ne se connaît pas plus que ça.


Revenons sur ton parcours musical. Tu t'es mis assez tard à la guitare…
…17 ans… C'est pas très tard 17 ans ! C'était juste pour chanter des chansons, ce n'était pas pour être un vrai musicien, donc finalement ce n'est pas si tard que ça.


Tu as suivi des cours de théâtre ?
Je suis passé par le cours Florent, parce que je suis très attiré aussi par le cinéma, et je trouvais qu'aujourd'hui, un chanteur c'est quelque part aussi un comédien parce que quand il monte sur scène, il faut aussi jouer quelque chose avec le public donc pour moi c'était deux choses un peu similaires. Mais c'est vrai que quand je suis arrivé avec ma guitare au cours Florent, ils n'ont pas trop compris ce que je faisais là, mais moi je savais ce que je venais chercher : déjà essayer d'avoir des réponses à mes questions. C'est bien de rêver tout seul dans sa chambre, mais après quand on chante devant 150 personnes, en général on a des réponses et on sait si on est fait pour ce métier ou pas. Et puis ça m'aura permis de faire des belles rencontres, puisque c'est là qu'on m'a fait écouter Cybelia, une chanson qui est sur l'album et qui est très importante.


Qui en est l'auteur, un certain P. Amar ?
Ce n'est pas Paul, mais Philippe. En fait c'est un auteur, qui aujourd'hui devient réalisateur de cinéma. Quand j'ai ressorti cette chanson du tiroir, ça lui a rappelé un peu son passé parce qu'aujourd'hui il ne fait plus ça. C'est moi qui l'ai relancé dans l'écriture, et du coup dans l'album, il a deux autres textes, mais Cybelia est une chanson qui a bientôt 18 ans. Personne ne la connaissait, et c'est pour ça que j'ai pu la reprendre, parce que je ne voulais pas non plus faire une reprise, donc c'est une chanson qui n'a jamais vu le jour, qui avait été enregistrée sur un disque, mais qui n'était jamais sortie. En fait elle était même version hard rock au début. Donc quand on me l'a fait écouter, j'ai juste entendu le refrain, j'ai dit " Tiens, c'est quand même fort ", et je l'ai réadaptée un peu plus variété française.


Pourquoi n'es-tu pas l'auteur-compositeur de l'ensemble des chansons de l'album ?
Parce qu'au début, je ne pensais même pas en écrire une, ni participer aux autres. J'avais envie d'écrire et de composer, mais finalement je faisais des choses inabouties, ou qui ne tournaient pas très rond, et c'est en signant mon contrat que la maison de disque m'a dit " Vas-y, va plus loin dans ton travail ", et ils m'ont donné l'envie de le faire. Mais moi je préfère toujours les chansons des autres, parce que je n'ai pas encore assez confiance en moi par rapport à mes propres compositions. Mais finalement, j'ai pratiquement fait tout l'album : si on regarde bien, il n'y a que trois titres d'autres personnes, parce que j'avais quand même envie d'être entouré. Cela dit, si j'avais demandé à faire l'album tout seul, je l'aurais fait. Je suis devenu très indulgent, parce que je sais maintenant exactement ce que je veux faire : pendant un an et demi, en faisant cet album, j'ai appris beaucoup de choses sur moi, sur ce que je sais faire, ce que je ne sais pas faire, je me suis construit quelque part. Et donc aujourd'hui je sais plus vers où je veux aller, et je travaille beaucoup tout seul en ce moment. J'écris aussi pour d'autres artistes de mon label.


Comment crées-tu une chanson ? Composes-tu d'abord la musique, d'abord le texte ?
Il n'y a pas de règle. Souvent j'ai des bouts de textes que je mets en musique, et puis parfois j'ai des accords qui viennent, au piano ou à la guitare, et je commence à faire du yaourt dessus et puis j'écris après…


Qu'est-ce qui t'inspire ?
La vie ! La vie de tous les gens qui m'entourent, la mienne, ma courte vie parce qu'à 28 ans, on ne peut pas raconter non plus… je ne voulais pas tricher, donc j'ai essayé de m'imprégner un peu de mon entourage, de mon passé et c'est pour ça que je ne porte pas un étendard en disant : "Attention, j'arrive avec de grands discours " ! C'est la vie de tous les jours.


La gestation d'une chanson est-elle longue ?
Les textes c'est une douleur ! Enorme ! La règle du je par exemple, j'ai mis cinq ans pour l'écrire. J'avais un refrain pendant quatre ans, et je ne trouvais pas les couplets, et finalement je l'ai écrite juste avant d'entrer en studio pour la chanter. Ça a été le déclic. Donc en fait, ça dépend des chansons, il y en a certaines que je peux faire en une heure, et d'autres je ne trouve pas… Quel est l'aspect de ton métier que tu préfères ?
La vérité se fait sur scène ! Je crois que le studio c'est bien, on décortique les sons, on s'amuse, mais on reste cloîtré dans un endroit noir, et puis finalement c'est du travail. Là, ça reste du travail mais on s'éclate !


Et la composition, l'écriture, ça te plaît aussi ?
J'aime bien aussi. C'est vrai que là par contre on est libres, on fait ce qu'on veut. C'est quand on amène après à la maison de disque qu'on nous dit : " Attention, ça ça ne passera pas en radio, attention… " Mais quand on compose, on a le droit de tout faire. Après par contre il faut savoir... s'adapter.


Mais justement, dans J'ai envie de vivre, tu parles de tes envies de liberté, de ne pas faire de concessions, mais dans ce métier, en étant signé par Columbia, et en ayant Jean-Claude Camus derrière soi, peut-on vraiment faire ce que l'on veut ?
Je pensais justement qu'on allait me dire " Assieds-toi là, tais-toi et écoute ", et finalement on m'a laissé faire tout ce que j'avais envie de faire. Vraiment. Peut-être parfois sur des titres on me recadrait un peu parce que c'est vrai que je ne connaissais pas tout ce qui était radio et finalement ce sont les radios qui dominent le métier aujourd'hui, si elles ont envie de passer le titre elles le passent, sinon elles ne le passent pas et vous ne serez jamais entendu. Mis à part ça, on m'a laissé les clefs d'un studio, et j'y ai été pendant un an, et j'ai l'impression qu'on me laissait une voiture de sport et que j'allais m'amuser avec, c'est pareil ! Donc je me lève le matin pour simplement prendre une guitare ou me mettre derrière un piano, je n'ai pas tellement l'impression de travailler, donc là je vis un rêve !


Ça ne fait que cinq ans que tu t'es vraiment mis à la musique. De quoi rêvais-tu quand tu étais plus jeune ?
Je rêvais d'être footballeur professionnel. Je voulais ramener la coupe du monde à mes parents, et les autres l'ont fait, mais pas moi (rires). A quatorze ans, j'ai dû renoncer à ce rêve, parce que je n'étais pas assez fort, et ça a été dur.


Et tout de suite, tu t'es dit que tu ferais de la musique ?
Non, mais j'ai baigné dans les années 80, donc Top 50 à fond, c'était Marc Toesca, j'étais toujours devant, et finalement inconsciemment tout ça m'a habité. Aujourd'hui on me dit : " Ouais, tu fais de la variétoche ", ben oui, je fais de la variété parce que c'est ce qui me plaît, et je trouve qu'on en a besoin aujourd'hui, ça manque. Je pense que s'ils regardaient les audiences de télé à l'époque, dans les années 80, on était tous devant le Top 50 ! Et aujourd'hui il n'y a plus ça. Ils sont gentils, Charly et Lulu, mais c'est pas ça. Donc finalement, inconsciemment, je crois que j'ai été imprégné de tout ça et bon…beaucoup parlent de Goldman etc., mais il y en a d'autres , Berger, Phil Collins, même Mickaël Jackson, j'ai eu plein de périodes… C'est sûr, Goldman, je ne peux pas le nier, parce que j'ai pas de chance, j'ai un peu de ses intonations dans la voix, mais ce n'est pas une imitation, c'est vraiment ma voix, et c'est vrai qu'en plus je fais de la variété française comme lui, lui écrit pour 80% des chanteurs donc on se retrouve un peu à être très vite comparés…


Mais est-ce que tu ne cultives pas quand même un peu ces ressemblances… Par exemple dans la chanson Tu manques [NDLR : le titre également d'une chanson de Jean-Jacques Goldman, en 1991], qui comporte jusqu'à des paroles quasi similaires ?…
C'est vrai… mais Obispo a repris aussi Tu manques sur son dernier album [NDLR : Variations sur le même Tu manques]… Oui… peut-être…


Ça n'était pas conscient ?
Non ça n'était pas conscient. C'est vrai que je connais ses albums et j'ai l'impression qu'il y a des mots qui me reviennent comme ça, et finalement ce sont les siens, et parfois je me dis " Mince… ". Donc là c'est inconscient mais j'assume, c'est pas grave.


Ta chanson préférée de l'album ?
Tu manques. C'est l'histoire d'une rupture… C'est la chanson dont je suis le plus fier en tant qu'auteur compositeur. Mais à part celle-là, j'aurais du mal à choisir une chanson parce qu'il y en a plein de fortes, même Grâce à vous de Fred Blondin et Philippe Labro, qui est très forte. Mais moi en tant qu'auteur compositeur, c'est Tu manques.. Il ne restera aussi, qui est importante.


Comment as-tu rencontré Philippe Labro ?
Par l'intermédiaire de Jean-Claude Camus. En fait le texte existait, je pense que c'était pour Johnny Hallyday à la base. Il m'a fait écouter la chanson, et j'ai demandé si je pouvais la chanter, il m'a dit : " Oui, bien sûr, vas-y ".


La rencontre qui t'a le plus marqué jusqu'à présent ?
Il y en a eu plein ! Rencontrer Johnny Hallyday c'est quand même un monument, donc on se sent tout petit à côté de lui, mais plein, même Jean-Claude Camus, il a changé ma vie : j'étais en train de signer chez Columbia, mais j'avais lancé un peu des maquettes à droite à gauche et l'une d'elles est arrivée sur son bureau. Il m'a fait appeler tout de suite en disant : " Vous venez dans mon bureau demain… ". J'ai dit : " Oui mais je suis en train de signer chez Sony ". Il m'a dit : " Non non non non, vous venez me voir d'abord ". Quand il a voulu me signer et qu'il m'a présenté son beau plan de carrière, je lui ai dit que j'étais embêté parce que j'aime beaucoup Sony, et je lui ai juste demandé de pouvoir continuer à travailler avec eux. Il a dit ok !


Il est question de foi dans la chanson Doucement dors. Es-tu croyant ?
Oui. Mais j'ai mon truc. Mon père est juif et ma mère est catholique, donc j'ai pris entre les deux. Doucement dors, c'est l'histoire d'un ami qui avait perdu sa mère ; je vivais un peu à côté de lui pendant ce temps-là, puisqu'il était dans ma classe, et je le voyais revenir complètement… Et après l'enterrement et tout, j'avais l'impression de vivre à sa place donc je me suis permis de me mettre dans sa peau, et même si je dis " je ", c'était lui. Cette chanson sera peut-être un single, parce que beaucoup de radios l'aiment.


Tu as ton site sur le net, participes-tu à son élaboration ?
Je passe de temps en temps dire ce que j'ai envie qui soit mis et les choses que je n'ai pas envie d'y voir. Mais les gens qui s'en occupent le font très bien. Pour le graphisme on a essayé de dessiner ensemble un petit peu par rapport au premier clip, mais sinon c'est eux qui y travaillent quotidiennement.


Et d'une manière générale, utilises-tu Internet ?
Non. Enfin, je m'en sers parce que sinon je vais être à la ramasse par rapport aux petits de 14 ans qui commencent à tout maîtriser, mais ça me fait très peur.


Pourquoi ?
Napster par exemple, j'aimerais aussi un peu gagner ma vie, ça serait bien pour pouvoir continuer à faire de la musique. Et je trouve que les gens ne communiquent plus en direct et ça ne me plaît pas. Je n'en suis pas très fan. Je préfère me mettre autour d'une table avec mes amis plutôt que leur envoyer des e-mails…


Tes projets ?
Après la tournée d'été dans des petites salles de 400 à 500 personnes, le grand rendez-vous en fait c'est la Cigale [NDLR : à Paris, le 22 octobre ].


Un concert que tu appréhendes ?
Oh non j'ai hâte ! J'ai hâte d'y être, que moi tout seul, et avoir le temps de m'exprimer plus longtemps. Il y aura des chansons de l'album mais aussi des reprises, parce qu'il faut que les gens en aient pour leur argent, donc on ne va pas chanter qu'une heure, comme dans l'album, on va faire aussi des reprises… J'espère qu'il y aura des gens qui viendront sur scène avec moi, des petites surprises…


Chrystèle MOLLON / 24 avril 2001
Photo © Photomobile

DOSSIERS
  • Jean-Jacques Goldman

    INTERVIEW
  • Lionel Florence