Après la grande aventure des Dix Commandements, qui s'achèvera pour la plupart des membres de la troupe française au mois de janvier à Bercy, Daniel Lévi, comme quelques-autres de ses ex-collègues (Ahmed Mouici, Nourith) se (re)lance dans une carrière solo. Rencontre avec cet artiste plus complexe qu'il n'y paraît, au moment de la parution de son nouvel (et troisième) album : Ici et maintenant.

Vous avez composé tous les titres de votre album ?
Oui, sauf deux, qui sont co-composés. L'un s'appelle Tous les mêmes, qui est une histoire marrante parce que c'est ma collègue Lisbet Guldbæk, qui jouait Bithia dans les Dix commandements, qui a plaqué deux accords d'un début de couplet, alors que nous étions un soir dans un hôtel en tournée, à Lille je crois, et j'ai fait la suite. La deuxième, Coeur de crystal, a été co-composée avec Erick Benzi, avec qui on a réalisé l'album.


Côté paroles, qui est Jules Dorieux ?
C'est quelqu'un qui veut rester dans l'ombre, qui est assez énigmatique, mais auquel je me suis finalement beaucoup confié, on a beaucoup échangé, il a senti ma sensibilité et a retraduit un peu tout ça.


Etiez-vous là lors de l'écriture ? L'avez-vous conseillé ? Avez-vous eu un droit de regard sur les chansons ?
Oh oui c'était même plus qu'un droit de regard, c'est carrément le fruit de ma pensée traduit avec une jolie plume. C'est une étroite collaboration. Le talent lui revient, quant à l'écriture, mais ce sont des thèmes qui me sont chers.


Pourquoi alors ne pas avoir écrit vous-même ?
Bonne question ! J'ai délégué parce que je ne pouvais pas tout faire dans un temps record. Pour moi c'était difficile, je sortais des Dix Commandements, et ça a été un challenge de composer cet album.


Pourquoi le timing était-il si serré ?
Parce que moi j'étais bloqué avec les "Dix Com", j'ai pu un peu composer l'été dernier [2001], puis j'ai repris la tournée jusqu'en janvier de cette année. Ce n'est qu'alors que j'ai pu me consacrer à l'écriture et à l'enregistrement, ça ne fait pas beaucoup de temps.


Avez-vous un "truc" pour composer ?
Parfois ce sont des moments bénis, on se lève un matin, on se met au piano, et tout arrive. Là c'est parce que notre âme a dû monter et revenir avec ce qu'il faut [sourire], mais autrement c'est du travail, et je me trimballe mes influences de toute façon…


Qui sont ?
Je viens de la musique classique puisque j'ai appris le piano, j'ai un goût pour la variété internationale, plutôt black et soul. A 20 ans, c'était la fusion entre le rock, le jazz, après ça a été beaucoup jazz, ainsi que toute la musique ensoleillée, californienne, etc.. Ensuite j'ai fait un tour aux Antilles donc j'en ai gardé les rythmes.


Vous sentez-vous vraiment en accord avec les musiques que vous avez composées pour cet album, ou avez-vous fait des compromis ?
Tout à fait, il y a beaucoup de compromis. Ma musique à moi serait vraiment beaucoup plus franche dans un style. Mais ce qui est intéressant aussi, c'est d'essayer de faire des associations, parce que l'alchimie peut être magique, j'ai déjà pu le vérifier. Donc là j'ai mêlé un peu le pop rock, symphonie, puisqu'il y a beaucoup de cordes et de trucs comme ça, et c'est vrai que j'ai essayé de faire un disque moins explosif que le précédent, dans le sens où il y a un peu plus de retenue, de direction, de concessions …J'ai essayé d'être accessible à un large public, donc j'ai fait l'effort de me faire bien comprendre.


Pensez-vous que c'est ce qu'il manquait sur votre précédent album, "Entre parenthèses" ? C'était un album trop personnel ?
Sans doute. Mais c'était un disque "champagne", que j'ai réécouté dernièrement… Il y a beaucoup beaucoup de générosité, et cette générosité est quelquefois mal perçue, car quand bien même on est généreux, il faut savoir donner.


Est-ce donc pour être un peu plus consensuel que vous avez fait appel à Erik Benzi et Yvan Cassar ? Comment s'est passée votre rencontre ?
Tout à fait normalement, j'avais besoin d'un réalisateur, un alter ego, qui puisse, avec son savoir faire, m'aider dans mon entreprise, et j'ai eu la chance qu'Erik Benzi soit libre. J'avais envie également de jolies cordes, donc on a fait appel au maestro en la matière, Yvan Cassar, qui a lui-même réalisé deux titres, "A force de", et "Loin du monde", un titre complètement symphonique enregistré en Angleterre avec des éléments du London symphonic orchestra… un moment magique ! C'était donc une belle association.


Même si cet album ne vous ressemble donc pas complètement au point de vue musical, s'agissait-il néanmoins d'une étape nécessaire pour ensuite poursuivre votre carrière et peut-être faire un quatrième album qui là vous collerait vraiment à la peau ?
Attention, je le revendique quand même complètement, cet album !! Je dis simplement, qu'il y a un peu de retenue, un peu de pudeur, mais ça va aussi avec mon âge et ma façon d'être, ça me ressemble ne même temps ! Parce qu'on change, on ne fait pas les mêmes choses à cinq ans d'intervalle, on ne dit pas les choses de la même façon. Mais c'est aussi très agréable et gratifiant d'être entendu par beaucoup, et d'être plébiscité par le plus grand nombre !


Allez-vous défendre cet album sur scène ?
Oui il y a une tournée de prévue, sur laquelle je travaille déjà avec l'équipe de TS3 de Thierry Suc [producteur et tourneur de Noah par exemple, NDLR]. On se baladera à travers la France, et on passera par l'Olympia, à Paris, au mois de mars.


Interpréterez-vous des chansons des deux premiers albums, voire des Dix Commandements ?
C'est fort possible, oui. On va essayer de faire faire un beau voyage aux gens à travers ma musique, en essayant de mettre en scène tout ça, avec de jolies lumières, un bon son, de bons musiciens, qui ne seront pas forcément ceux du studio, parce qu'ils ne seront pas toujours libres, et la scène, c'est encore une autre aventure. Mais je serai moi aux claviers, pour certains titres, et en plus il y aura un autre clavier, deux guitaristes, un bassiste, un batteur, et une choriste. On revisite les chansons finalement, avec des réorchestrations, de nouveaux arrangements, et quelquefois on les "délimite" plus, chose qu'on n'a pas toujours le temps de faire en studio parce qu'on découvre les chansons, et en fait, il faut beaucoup de temps pour posséder une chanson, lui donner toute sa dimension. Donc sur scène, sans doute vais-je trouver leur véritable place.


Allez-vous donner une orientation plus soul, R&B à votre spectacle sur scène ?
C'est possible oui, même si j'ai essayé d'être plus pop que R&B sur l'album ? Mais le R&B, c'est évidemment ce que je sais le mieux faire. Donc pour l'album, je suis allé vers des choses que je ne savais pas vraiment faire, pour essayer de trouver une nouvelle direction, une nouvelle voie, pour être surpris par le résultat. Le R&B, la soul c'est plus ma culture.


Pensez-vous que vous auriez pu faire cet album sans l'expérience des Dix commandements ?
Je pense que j'aurais fait un autre album, mais je n'aurais peut-être pas eu les conditions pour le faire, ni le confort que j'ai eu là…


N'avez-vous pas peur que l'image du Moïse des Dix Commandements vous colle à la peau ?
Ben c'est mieux que d'avoir l'image d'un meurtrier sur le dos ! [rires] Moïse est un merveilleux personnage, mais ça reste un rôle ! J'espère que je pourrai m'en sortir, de la même façon que je suis sorti d'autres rôles, et d'autres aventures [Sand et les romantiques notamment, NDLR]. Pour prouver que c'est possible, il faut faire autre chose aussi bien.


Vous aviez un peu "galéré" avant les Dix Commandements. Avez-vous l'impression que la comédie musicale et cet album constituent une sorte de renaissance au niveau artistique ?
Je n'ai pas galéré, j'ai appris mon métier, vécu de mon métier, mais sans l'exposition médiatique, ni la reconnaissance. Les Dix Commandements ont été un détour dans ma trajectoire. Un détour qui s'est avéré être magnifique ! Mais le principe originel, c'est de faire sa musique, de faire découvrir un univers, de travailler son discours artistique. Finalement, un musicien se nourrit de toutes ses expériences, des autres aussi, et des échanges qu'il peut y avoir. Une aventure comme celle des Dix Commandements est évidemment gratifiante, elle nourrit un artiste à plusieurs égards ! Je me suis retrouvé devant plus de deux millions de personnes, j'étais sur scène régulièrement, j'ai pu choper des trucs quoi !


Le travail du comédien, doublé du chanteur, est-ce que ça ne va pas vous manquer ?
Ah peut-être, mais cela va peut-être m'aider à interpréter mieux mes chansons, en y introduisant le paramètre "acting", quoi. Mais peut-être que j'y reviendrai, à la comédie musicale, pourquoi pas ? Mais pour l'instant, ce qui m'intéresse, c'est de chanter mes "petites" chansons.


L'expérience de Sand et les Romantiques vous avait-elle aidée pour les Dix Commandements ?
Non pas vraiment, mais j'en garde un souvenir magnifique ! Une première expérience entouré de grands… La scène, c'est un peu comme les heures de vol : il faut un certain nombre d'heures passées sur scène pour avoir une certaine assurance.


Participerez-vous à l'adaptation anglaise des Dix Commandements ?
Non, je ne pense pas, je pense qu'il faut que je m'occupe un peu de moi, maintenant, de mes chansons. J'ai donné beaucoup à ce personnage, à cette histoire et à cette aventure des Dix Commandements, mais je pense qu'à un moment donné, il faut couper le cordon.


Et vous coupez le cordon également avec vos partenaires de scène ?
[avec un sourire] Eh oui, ça fait de la peine mais c'est comme ça… Ils font leur route eux aussi.


Une question sur Clarisse Lavanant, qui avait été la doublure de Nourith. Que pensez-vous de son album ?
Je l'ai un peu entendu. C'est une fille qui a une personnalité très en retrait, et une grande sensibilité qui se perçoit de loin. Une vraie artiste. Il y a du contenu, d'une manière très subtile et délicate.


Pensez-vous déjà à votre prochain album ?
C'est pour le moins prématuré, mais forcément, on pense toujours un peu au futur ! J'essaie d'appliquer ce que je prône dans mes chansons : l'album s'appelle Ici et maintenant, c'est une philosophie de vie qui tend vers l'idée de vivre pleinement son quotidien, son présent, son maintenant, et ne pas être sans cesse dans la projection de soi, ce qu'on fait régulièrement, nous autres artistes, souvent par nécessité. On essaie de vivre le meilleur ailleurs [rires]. Mais penser au prochain album alors que celui-ci sort tout juste, ce serait un peu indécent [rires].


Mais aurez-vous envie d'écrire, sur le prochain, en plus de composer ?
Oui sans doute, mais je ne prends pas de notes pour l'instant, rien. Je viens de sortir de studio en fait, alors je prends le temps de prendre la mesure de ce que j'ai fait, et j'ai besoin de repos… J'étais en immersion totale pendant neuf mois, il faut savoir se ressourcer et se régénérer pour redonner. Autrement ce serait de la boulimie, mais je ne suis pas boulimique, moi. Donc en ce moment, je fais beaucoup de promotion pour l'album, ça prend du temps et de l'énergie. Maintenant il faut que je me nourrisse de ce que je vais vivre, notamment sur scène, pour faire vivre mes chansons, et ça me donnera des idées pour la suite, j'espère.


Popstar, Star Académy, qu'en pensez-vous ?
[rires] " C'est d'la m… ! ! " Non c'est très bien, beau coup de chance ! On pourrait faire une thèse là-dessus, mais bon, ceux qui auront la chance d'être sélectionnés, plébiscités, et qui auront l'intelligence de savoir quoi intégrer dans leurs bagages, c'est-à-dire savoir écouter, entendre, et se servir de cette opportunité-là pour apprendre encore, eh bien, ils auront tout gagné ! C'est une chance quand même !


Vous auriez aimé l'avoir ?
Sans doute. Oui sans doute sans doute. Maintenant vous savez, ce n'est souvent que plusieurs années après que l'on connaît l'impact d'une chose qui paraît au départ très forte et très gratifiante. Mais après on se rend compte qu'il y a des effets secondaires très nocifs…


C'est-à-dire ?
Ben je sais pas, ça va vite pour eux, peut-être que ça va trop vite…


Souvent les candidats se plaignent de la dureté du jury. N'est-ce pas encore plus dur dans la "vraie" vie ?
Si, parce que là ils sont pris en main, encadrés, donc c'est un peu spécial. Dans la vraie vie, on arrive, on plaît ou on ne plaît pas, on correspond ou non à tel personnage pour un truc donné, un spectacle… et c'est tout.


Auriez-vous envie d'aller défendre votre album à l'étranger ?
Ben il faudrait l'adapter en anglais, à moins que tout à coup le français devienne international… mais au moins dans les pays francophones, oui j'aimerais bien, c'est clair. Je ne crois pas qu'il y ait du sectarisme dans nos musiques, de la ségrégation de base, au départ. Je pense que c'est ouvert, et que je me sers d'influences qui dépassent nos frontières françaises. Donc je pense que oui, ma musique peut être entendue ailleurs qu'en France.


Vous aviez dit que vous rêveriez de jouer les Dix Commandements à Jérusalem… Aimeriez-vous pouvoir sortir votre album en Israël ?
J'avais espéré chanter en Israël, et c'est ce que j'ai fait récemment, donc je suis comblé. A l'époque je pensais aux Dix Commandements, parce que ç'aurait quand même été pas mal d'aller jouer ça là-bas, mais, oui c'est un beau pays, auquel je suis très attaché.


Quels sont vos rêves sur le plan artistique ? Y'a-t-il encore des artistes que vous aimeriez rencontrer, avec lesquels vous souhaiteriez travailler ?
Chaque jour me réserve son lot de surprises. Ainsi hier soir, je me suis retrouvé sur un plateau de télé à chanter devant puis avec Céline Dion, c'était une rencontre sublime, et il y en a d'autres encore à faire. Il y a tellement de gens que j'admire ! Des gens connus, moins connus : Barbra Streisand, Stevie Wonder, Gino Vanelli, Lewis Taylor pour les plus jeunes… "Toute la faune R&B de jeunes chanteurs et chanteuses que j'aime, Brandy, et Destiny Child, ou alors les Californiens, Kenny Loggins et autres.


La promo, vous aimez ?
Ça peut être sympathique, mais faudrait pas que ça dure trop longtemps, et que j'aie à répéter trop souvent les mêmes réponses… [rires]


Chrystèle MOLLON / Octobre 2002
Photo © X./A.S. Communications

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