Audrey Sara, ou le parcours authentique d'une vraie chanteuse


Goutte de pluie, la patte Goldman

"Goutte de pluie" est une chanson écrite par Jean-Jacques Goldman. Vas-tu la sortir en single, ou ne souhaites-tu vraiment pas la mettre en avant ?
Non, ce n'est pas que je ne veux pas la mettre en avant, parce que c'est une super belle chanson. Simplement, c'est Grandir qui a été retenue par les radios, et non Goutte de pluie.

Les programmateurs savaient-ils que Goldman en était l'auteur ?
En fait ils ont simplement écouté trois titres, et c'est Grandir qui a eu leur préférence. Cela dit, beaucoup de personnes aiment aussi beaucoup Goutte de pluie, alors peut-être qu'elle sortira en deuxième ou troisième single… Mais bon, c'est vrai que quelque part, il n'y a quand même qu'une chanson de Jean-Jacques, le reste c'est ma compo et mon équipe, donc pour m'installer en tant qu'artiste, je trouvais que c'était mieux d'en sortir une autre. Et en plus, Grandir résume très bien l'album, je crois. Quant à Goutte de pluie, ce sera un "petit plus" pour plus tard, parce qu'elle a le mérite d'être connue cette chanson ! (rires)

Comment s'est passée cette collaboration ? Est-ce Jean-Jacques Goldman qui t'a proposé la chanson, ou est-ce toi qui est allée le voir ?
Ah non non, moi je ne serais pas allée le voir ! ! (rires). En fait, ce qui s'est passé, c'est que comme il connaissait mon équipe, il a eu l'album entre les mains, ou du moins les maquettes, il y a trois ans de ça, et vu que j'avais chanté plusieurs fois avec Jacky Mascarel, avec Michael Jones, il m'avait entendue chanter. Un jour il nous a appelés, et nous a proposé Goutte de pluie.

La chanson ressemblait déjà à ce qu'elle est aujourd'hui ?
Non, elle n'était qu'en piano-voix, Thierry Blanchard et Jean-Philippe Hann ont fait tous les arrangements autour. Mais la chanson était déjà très bien comme ça, juste en piano-voix.. (rires)

Comment définirais-tu Grandir, en quelques mots ?
Eh bien Grandir, c'est la vie, quoi… Je parlais tout à l'heure des étapes : il arrive un moment où on se réveille, le matin, en se disant que rien ne sera plus jamais pareil. Ce n'est pas négatif, ça peut être très positif, mais c'est une étape par laquelle on passe tous, quand on se dit : "Voilà, là j'ai grandi parce que ça ne sera jamais plus comme avant". Après on interprète sur chaque sujet qui nous tient à cœur, ou chaque histoire.

Par exemple, l'une de mes amies la prend dans un sens très différent de moi, et c'est marrant.

Quelle est ta chanson préférée de l'album ?
Ouh là là ! Je les aime toutes ! (rires). Il y a certaines chansons très intimistes, comme Petit bout, qui me touchent particulièrement. C'est une chanson pour ma petite sœur, Mélodie, qui aura 13 ans au mois de novembre, et je ressens toujours une très forte émotion quand je la chante.

Celle-là, ce n'est pas toi qui l'a écrite ?
Non, pas le texte. C'était bien spécifique à Mélodie. J'avais raconté à Frédéric [Kocourek, ndlr] ma grande histoire d'amour avec ma petite sœur, mon p'tit bout… D'ailleurs si je l'appelle trop mon p'tit bout je vais me faire engueuler (rires). Et j'ai donc demandé à Frédéric de m'écrire une chanson par rapport à cette histoire d'amour, et voilà ce qu'il en est ressorti.

La chanson Les fourmis a-t-elle un rapport avec la trilogie de Bernard Werber ?
Oui, j'ai lu Werber et j'ai adoré, mais c'est aussi par rapport au gouvernement, par rapport à toutes ces choses qui se passent et qui me paraissent hallucinantes, et complètement antipédagogues, et voilà. C'est une chanson qui s'adresse directement au gouvernement…

Audrey Sara est donc une chanteuse engagée ?
Engagée oui oui… En même temps, ce n'est qu'une chanson, je ne connais pas grand chose à la politique… Je suis pour la politique des pauvres, voilà c'est tout.

"La politique des pauvres" ? Ça veut dire quoi ?
Je suis pour les pauvres ! (rires) Je trouve qu'on a un gouvernement de riches, et on ne pense pas assez à ceux qui sont dans la misère, dans la galère, dans la mouise, quoi !

Ventre de lune est une chanson assez intriguante... De quoi parle-t-elle précisément ?
C'est une chanson que j'aime beaucoup aussi ! Quand une fille tombe enceinte, elle craint toujours un peu la réaction de son amoureux. Il n'est pas au courant, comment va-t'il réagir ? Un bébé ça se fait à deux, pas toute seule, donc c'est ça la chanson, c'est : "Dis-moi que tu es avec moi, que je ne suis pas toute seule". La chanson touche beaucoup les femmes…



Flashback

Revenons en arrière, à ton parcours. Je crois que ta maman est comédienne ?
Ma maman est comédienne, en effet, et a été prof de théâtre pendant dix ans. Et moi je suis montée sur les planches avant même ma mère. J'ai fait du théâtre d'improvisation entre 5 et 11 ans. A 11 ans, je suis entrée dans une troupe de théâtre, où on a fait du dramatique, de la pièce de boulevard, plein de spectacles comme ça, et après la musique, qui est venue comme ça ! Je dirais même que la musique est plus venue à moi que je ne suis allée vers elle, parce que j'étais trop impressionnée !

Pour moi, la différence entre le théâtre et la musique, c'est que quand tu montes sur les planches pour jouer un rôle, eh bien tu joues un rôle, donc ce n'est pas vraiment toi que les gens voient mais le personnage que tu incarnes. Alors que quand tu te retrouves devant un public avec un micro, là c'est toi, donc tu ne peux pas tricher, tu ne peux pas être quelqu'un d'autre, ça ne peut être que toi. Il me fallait donc dépasser ça, et j'avais du mal à le faire, et pour ça, Jacky [Mascarel, l'un des musiciens (clavier) de Jean-Jacques Goldman, ndlr] m'a beaucoup aidée.

C'est avec lui que tu as commencé à chanter. Comment vous êtes-vous rencontrés ?
On s'est cherchés mutuellement, je crois, en fait. Je l'avais vu une fois, sans du tout savoir qui il était, je l'avais écouté jouer un soir au Molière [un piano-bar à Versailles, ndlr], et j'étais allée le voir en lui disant que je trouvais bien ce qu'il faisait. Et en fait à l'époque, César [le patron du Molière, ndlr] ne voulait plus que des duos. Il ne voulait plus de chanteurs solo, et donc en fait c'est César qui a fait l'intermédiaire, en se disant : " Je pense que ça le ferait bien tous les deux ", et il a branché Jacky. Je suis allée chez lui, et on a bossé un petit répertoire. Mais je peux vous dire que la première soirée, c'était une catastrophe ! César allait voir le public en demandant aux gens de venir nous voir en nous disant que c'était génial, et ils ont été sympa quoi ! (rires) Voilà comment cela a commencé, et on a fait quatre ans de piano-bars, pas seulement à Versailles d'ailleurs.

D'où vient l'équipe avec laquelle tu travailles maintenant ?
Ils viennent du sud, mais travaillent tous à Paris. Thierry, par exemple, alias Titi, travaille beaucoup sur des musiques de films, des pubs. Là il travaille aussi avec Natasha Saint-Pier, Isabelle Boulay. Depuis deux ans, il travaille beaucoup avec Robert Goldman.

Quelles sont les autres personnes avec lesquelles tu voudrais travailler ?
Chaque chose en son temps ! Ma rencontre avec Titi et Jean-Phi s'est faite naturellement, je ne suis pas allée les chercher. Ils m'ont simplement fait écouter ce qu'ils faisaient, j'ai trouvé ça vachement bien, et je leur ai proposé d'arranger deux titres que j'avais déjà, ce qu'ils ont accepté. Et voilà comment ça s'est fait, pour plaisir, des délires le soir à trois heures du matin, avec le piano, un casse-croûte, à composer, même pas en vue d'un album, mais tout simplement pour nous. Donc maintenant, peut-être que je rencontrerai des gens, certainement même, mais il n'y en a qu'un qui m'intéresse réellement, c'est Stephan Eicher ! (rires) Je suis une fan de Stephan Eicher !!

L'as-tu déjà rencontré ?
Non, jamais. De toute façon je ne sollicite pas les gens, je préfère que les gens m'appellent, en me disant : "Voilà, j'ai une chanson, est-ce que ça t'intéresse de la chanter ?" Après, ça me plaît ou ça ne me plaît pas : on m'a déjà proposé certaines chansons qui ne m'ont pas du tout plu, je n'assumais pas le fait de les chanter, donc je les ai refusées, quelle que soit la renommée de ceux qui me les proposaient. Il faut vraiment que j'aie envie de chanter cette chanson-là. Je ne suis pas une vache ou un bœuf qui va accepter de chanter une chanter une chanson juste parce qu'elle est de quelqu'un de connu.

As-tu envie d'écrire tes propres textes, à l'avenir ?
C'est pareil, ça viendra tout seul. Il y a une chanson de l'album que j'ai écrite, c'est Que reste-t-il. Peut-être que ça viendra, j'aimerais bien en tous cas, mais c'est vrai que je suis un peu fainéante en plus par rapport à ça, et depuis que j'ai découvert Fred, je me sens petite par rapport à ce qu'il écrit, donc je me satisfais très bien de ça pour l'instant, et on verra plus tard. Ma priorité pour l'instant, c'est vraiment la composition, à la guitare à la maison devant mon MD.

Te faut-il du temps pour composer une chanson ?
Ça dépend. Grandir, par exemple, je l'ai faite en cinq minutes. D'ailleurs, je pense qu'une bonne chanson, elle arrive en cinq minutes. Si on se prend trop la tête dessus, c'est que ça ne va pas.

Tu as envie de faire de la scène ?
Oh oui ! Moi je suis née sur des planches, pas dans un studio !

Les soirées dans les piano-bars te manquent-elles ?
Les piano-bars ne me manquent pas tant que ça parce que j'ai envie de chanter mes propres chansons. Les reprises, c'est bien, je me suis éclatée à chanter les chansons des autres. Mais à un certain moment, ça peut être dangereux, parce qu'on se perd. Les premières fois où je me suis retrouvée en studio pour chanter mes propres chansons, j'étais perdue, je ne savais plus comment chanter, je me disais : " Mais elle est où, ma voix ?". Je ne savais plus comment interpréter mes chansons. C'est donc pour ça que j'ai complètement arrêté le piano-bar. Pour me trouver vocalement, pour arrêter de faire du mimétisme, en fait. Et ça a été bénéfique.

Par ailleurs, ce que je chantais en piano-bar, je ne l'écoutais pas forcément. Mais bon, le principe c'est de faire des reprises que les gens connaissent, parce que sinon ils se barrent ! Ça ne les intéresse pas d'écouter des chansons qu'ils ne connaissent pas. Ils ont besoin de connaître et reconnaître les chansons, pour chanter aussi.

Cela dit, les gens qui sont au Molière me manquent, et le Molière était un endroit un peu magique pour moi, parce que c'est là où tout a commencé. J'y reviendrai donc avec grand plaisir, mais pour y chanter mes chansons à moi ! (rires)

Après la tournée de Kyo, tu feras probablement quelques petites salles, seule. Y feras-tu des reprises ?
Eh bien en fait, j'en ai déjà fait une. Cet été, j'ai fait la première partie de Toto, lors d'un festival fin juillet à Six-Fours… D'ailleurs c'était génial ! Et j'ai donc fait une reprise, sur scène, une version très rock de Sweet dreams, d'Eurythmics, qui n'a rien à voir avec la version originale des années 80. La structure du morceau n'est pas vraiment la même, c'est assez original je pense, et surtout très marrant à faire. Comme je n'ai pas du tout la même voix qu'Annie Lennox, c'était très intéressant de prendre une chanson qui n'est pas du tout dans mes cordes vocales, et de la reprendre à ma manière. En tous cas, c'est une reprise qui n'a rien à voir avec ce que je faisais en piano-bars.

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Chrystèle MOLLON / Paris, septembre 2003
Photo X./Warner

CHRONIQUES
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    dans un piano-bar

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