Alors que l'aventure des 10 Commandements se poursuit et connaîtra un nouveau point d'orgue en janvier 2003, avec un passage de cinq jours à Bercy, Ahmed Mouici, l'interprète de Ramsès, se lance dans une carrière solo qui semble prometteuse, si l'on en juge par le succès de son premier single, Regarde-moi, qui tourne depuis quelques semaines déjà sur toutes les ondes.

Nous avons rencontré l'artiste à l'aube de ce nouveau challenge. Il revient sur sa déjà longue carrière et présente son album attendu dans les bacs dès le mois de septembre.

Comment est né l'album ?
Sur les Dix commandements, j'ai rencontré quelqu'un qui est devenu très proche, et à qui j'ai demandé d'être mon manager pour l'après Dix commandements : en effet, j'ai toujours travaillé la musique, j'ai aussi fait des choses entre Pow Wow et les Dix commandements, même si j'étais moins exposé. Or il s'est avéré qu'il a pu me signer chez Warner et qu'on a pu commencer à travailler sur cet album, qui est terminé et mixé, et que la production et la maison de disques sortiront en septembre.


Quelles sont les autres personnes qui travaillent sur l'album ?
Il y a Steven Forward, un ingénieur du son et réalisateur très connu en France, qui a beaucoup travaillé avec Ray Charles et Paul Mc Cartney, qui fait les voix de Florent Pagny ; j'ai des auteurs-compositeurs inconnus pour la plupart, et ensuite j'ai des invités comme ma petite sœur, Soraya, sur un titre [NDLR : une interprétation d'A vava i nouva, l'hymne kabyle d'Idir], et deux des ex-membres de Pow Wow sur un titre de Nougaro.


Présente-nous cet album !
Je le prends comme un premier album, comme un départ, comme si je recommençais à zéro. Mais en même temps, c'est important je crois sur un premier album de se présenter, de dire qui on est, d'où les invités que j'ai. Bien sûr, niveau marketing, on m'a proposé de faire des duos avec des gens "connus", mais je voulais surtout que l'album me ressemble, et on est donc arrivé à cela.

En plus on veut que l'album soit un album qu'on écoute, évidemment, mais surtout qu'on réécoute. Donc les textes sont particulièrement travaillés, on ne rentre pas dans une poésie abstraite, on essaie d'avoir des textes directs qui parlent de la vie de tous les jours et qui racontent des histoires. J'ai donc un rôle d'interprète à part entière. J'aurais pu faire un album où j'aurais casé toutes mes compositions, mais je ne l'ai pas fait, au contraire je les ai mises en concurrence avec d'autres titres, donc il ne reste que trois chansons sur lesquelles j'ai travaillé, et les autres viennent d'ailleurs.


Tu n'écris jamais tes textes ?
Non, je n'ai pas ce talent-là. Je pourrais écrire des textes, évidemment, pour remplir l'album de mes propres paroles et chansons mais je cherche avant tout à ce que l'album soit de qualité, et qu'on s'y sente bien. Et comme je le disais, auteur c'est un talent, compositeur c'est un talent, et je n'ai pas le talent d'auteur.


Tu as quand même eu un droit de regard sur les textes ?
Ah oui complètement ! On a travaillé non-stop, c'est-à-dire que quand les mélodies étaient là, les textes arrivaient, et les mots que je n'aimais pas, ou quand ce n'était pas très précis, je faisais refaire. Pascal Obispo, Francis Cabrel ou Jean-Jacques Goldman sont des gens qui ont leur propre équipe, et en fait le but c'était un peu ça, de constituer ma propre équipe pour l'avenir.


Quels sont les thèmes abordés dans l'album ?
Ce sont des thèmes de la vie de tous les jours ! Dans Regarde je pleure, c'est quelqu'un qui propose de recommencer à zéro, Même si tu nous oublies est une chanson sur la relation parent-enfant, ce ne sont que des sujets comme ça, des chansons sur le fait que la différence soit notre chance et non pas un handicap, etc.

En gros, ce sont des choses que nous avons tous vécues et que nous pouvons vivre à n'importe quel moment, il n'y a pas de milieu social, de race, ce sont vraiment des textes qui touchent tout le monde.


Tu as un fils, qu'a-t-il pensé de Même si tu nous oublies ?
Mon fils a douze ans, je la lui ai faite écouter à l'époque où elle n'était encore qu'une maquette, mais sans lui dire que je parlais de lui ou de notre rapport, donc pour lui ce n'était qu'une nouvelle chanson au milieu de celles qu'il a connues depuis qu'il est petit… Comme c'est une chanson assez jazz, il m'a dit : "Ah c'est comme les chansons que tu aimes bien, c'est assez… ancien !"... J'ai pris ça comme une vanne mais c'était très drôle, naturel et spontané !

En la composant j'ai pensé à lui, mais en la chantant, je me suis dit : "Tiens, c'est des choses que mes parents auraient pu dire", et je crois que c'est comme ça que l'on peut se retrouver en l'écoutant : si on n'a pas d'enfants on peut penser à ses parents, et si on a des enfants, on peut penser à ses enfants, et à ses parents… Et si on n'a ni enfants ni parents, on peut imaginer !


Pourquoi avez-vous repris la chanson de Claude Nougaro "Sing sing" avec tes complices de Pow Wow ?
Déjà parce que c'est à l'origine un titre qui s'appelle "Work song", donc avec un thème assez grave. En même temps c'est un thème qui ressemble au style Pow Wow. Et en plus, j'adore Claude Nougaro, je trouve que c'est un auteur hors pair, et j'ai donc proposé l'idée de cette reprise à Pascal [Periz] et à Alain [Chennevières], et comme ils étaient ok, ça a fonctionné, et voilà !

De plus, on avait fait une première partie de Nougaro juste avant d'être connus, on lui avait demandé des conseils, on avait parlé un petit peu avec lui, et il nous avait dit [avec l'accent toulousain, NDLR] : "Il faut chanter avec le cul !"… C'est donc une vieille histoire entre nous [rires] !


La chanson Notre chance a été composeé par Johnny Douglas, compositeur de George Michael. Comment la chanson est-elle née ?
Ce qu'il y a de génial, c'est qu'on ne m'a pas dit qui il était. J'écoutais plein de chansons, j'en ai choisi quelques-unes comme ça, et ce n'est qu'il y a quelques jours que j'ai effectivement appris qu'il avait composé pour George Michael. Donc j'en suis… "fier", c'est un grand mot, puisque je n'ai su ça que très récemment… Et bon… Je pourrais aussi me dire que c'est peut-être une chanson que George Michael n'a pas voulue [rires]. Que ce n'était pas assez bien pour lui ! Mais moi ça me suffit, ça me va.


A l'heure de commencer une carrière solo, quelles sont les différences par rapport aux débuts en groupe, avec Pow Wow, ou en troupe, avec les Dix commandements ?
Pour les Dix commandements, les chansons étaient déjà là, et on les prenait comme elles étaient, tout comme le spectacle. Avec Pow Wow, on débattait un peu de tout, aussi bien du choix des chansons que de notre mise en scène, notre façon de nous saper, tous ces trucs là.

Là c'est un peu la même chose, sauf qu'il y a encore moins de gens avec qui débattre, et ça me met d'autant plus dans le doute. Certes ça pourrait être une liberté, mais j'ai appris que l'on ne fait rien tout seul, donc j'ai un peu de trac par rapport à la scène du 17 octobre parce que je me demande qui va venir… Pour moi il n'y a pas tel ou tel public : il peut bien sûr y avoir des publics un peu plus pointus dans tel ou tel domaine, mais j'essaie surtout de faire de bonnes chansons pour toucher les gens, indifféremment des Blancs, des Noirs, des Arabes, des riches, des pauvres...

Je pense que certaines personnes seront intéressées par le fait que je vienne des Dix commandements, et d'autres par le fait que je vienne de Pow Wow, puisque déjà dans les Dix commandements, il y avait pas mal de gens qui venaient du public de Pow Wow.


Au départ, tes goûts musicaux se portaient surtout vers le rock'n'roll. Regarde-moi, le premier single, sonne très "variété française". Comment qualifierais-tu ton style musical actuel ?
Pour moi c'est du pop-rock. Si on écoute les violons de Regarde-moi, on se rend compte qu'ils sont inspirés des sections de cuivre, ils sont d'ailleurs très bien écrits par Laurent Marimbert ! Ce ne sont pas des violons qui viennent du classique, comme on a l'habitude d'entendre. Ils sont plutôt écrits de manière à suggérer le blues, ou des sections de cuivre qui existent dans le rythm'n'blues.

En plus, c'est vrai qu'au départ j'aime le rock'n'roll des années 50 avec Little Richard, Chuck Berry, Presley, Gene Vincent, des gens comme ça, mais je ne fais plus de rock'kn'roll maintenant. J'en écoute chez moi, j'en joue, il y en aura sur scène sûrement, mais le terme "variété" pour moi n'est pas péjoratif, parce que l'album est effectivement "varié", de par les nombreux et divers thèmes musicaux.


De quels autres artistes te sens-tu proche au niveau musical, sur cet album ?
Difficile à dire comme ça, mais au niveau des thèmes, certains textes peuvent faire penser à Henri Salvador, d'autres à Eddy Mitchell, d'autres à Florent Pagny… Mais je ne me suis pas vraiment posé cette question.


Plus généralement, quelles sont tes influences musicales ?
Ça va de James Brown, Otis Redding, le rock'n'roll des années 50, au reggae, un peu de tout quoi !


Que s'est-il passé dans ta carrière entre la séparation de Pow Wow (en 1997) et le début des Dix commandements ?
On avait monté un duo de gospel avec Alain Chenevières (ex Pow Wow), on reprenait tous ces titres de gospel qui avaient influencé le rock'n'roll, des titres beaucoup moins connus que Happy Days -puisqu'Alain Chennevières est quand même un collectionneur de disques très pointu dans ce domaine-, et donc on s'est dit qu'on allait faire du gospel-rock.

En plus de cela, j'avais une formation, Jokomo, avec laquelle je travaillais des chansons, une formation avec pas mal de cuivres, qui s'inspirait plutôt du rythm' and blues. Jokomo en fait, c'est le nom qu'on a donné à ce groupe très rapidement et ponctuellement, juste pour un passage dans un club dans lequel je voulais jouer mes chansons face à un public, mais sans me servir du listing du fan-club de Pow Wow. Je voulais voir ce que ça pouvait donner si les gens ne savaient pas justement que c'était un ex-membre de Pow Wow qui chantait… Cette période a été très courte en fait, parce que très peu de temps après, j'ai reçu la proposition d'interpréter le Ramsès des Dix commandements.


Justement, à propos des Dix commandements, participeras-tu à son adaptation anglaise ?
On me l'a proposé pour les Etats-Unis il y a quelques mois, ça m'a touché, j'ai été très flatté. Mais ce sont des contrats qui durent assez longtemps : deux ans sur place dans la même salle. J'ai donc dit honnêtement au producteur américain que si on m'avait proposé ça à 25 ans, j'aurais peut-être dit oui, mais que maintenant, j'avais 38 ans, et que je n'avais pas envie de passer les deux prochaines années loin de la France, alors que j'avais plein de choses à y faire -la preuve avec l'album. Et puis rester deux ans dans la même salle, alors que là on a quand même fait des tournées, on a joué dans plein de villes… Deux ans c'est la naissance d'un projet, alors que là-bas je ne connais personne, et je n'ai pas deux ans à perdre là-bas…


Par contre tu seras bien évidemment à Bercy [NDLR : du 14 au 19 janvier 2003] ?
Ça, Bercy, oui ! Dans une carrière, c'est déjà rare de pouvoir chanter un soir à Bercy et que ce soit plein, donc faire plusieurs soirs pleins, je crois que j'y serai, oui !


La comédie musicale t'a-t-elle permis de concilier tes deux passions de jeunesse, la musique et la comédie ?
En fait quand on était petit, à l'école, on nous demandait ce qu'on voulait faire plus tard, moi je répondais tout simplement chanteur-acteur…[rires]. C'est logique, si on vous propose quelque chose en vous disant : " Qu'est-ce que tu aimerais ? ", on essaie toujours d'avoir ce qu'il y a de plus haut !

Donc oui, j'ai eu la chance, grâce à Elie [Chouraqui] et Pascal [Obispo] de pouvoir faire le "comédien", mais je ne me considère pas comme un comédien, parce que je respecte trop ce métier, et parce que je sais ce que c'est que s'investir, investir une vie dans une passion, un rêve… Mais même si demain je joue la comédie dans un film, je crois que ce sera vraiment ponctuel.


On t'a déjà proposé de faire le comédien dans un film ?
Oui, bien avant les Dix commandements. Mais les films en questions ne se sont pas faits.


Penses-tu que tu aurais pu lancer cet album solo sans être passé par les Dix commandements ?
Ce n'aurait pas été le même, mais je l'aurais fait, oui, sans problème. C'était ma route.


Quel est le commandement qui te semble le plus important à respecter ?
Respecte la vie ! Donc "Tu ne tueras point"…


T'a-t-on proposé de lancer cet album sous un autre nom que le tien ?
On m'en a parlé, mais j'ai du caractère, je ne mens pas aux gens. J'ai eu un pseudo quand je faisais du rock'n'roll, mais maintenant il n'a plus lieu d'être, plus de raison d'exister [silence]. Donc oui on m'en a parlé, mais ce n'est pas grave…


As-tu encore des rêves sur le plan professionnel ?
Continuer, trouver d'autres challenges ! A la limite, c'est beaucoup plus facile pour moi que pour un Johnny Hallyday qui doit sans cesse essayer de trouver de nouvelles salles et de nouveaux challenges, de savoir où il va jouer la prochaine fois. Moi, déjà, si j'arrive à faire de mon concert à la Cigale un spectacle réussi, après je prendrai la route et je ferai mon métier qui est justement fait de concerts, de hauts et de bas, et j'essaierai de faire en sorte que mes bas soient beaucoup plus hauts que les bas que j'ai pu connaître bien avant Pow Wow…

Chrystèle MOLLON / 29 avril 2002
Photo © X./A.S. Communications

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