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Jusqu'il y a peu, Mickey 3D était peu connu, sauf par le public d'artistes comme Louise Attaque, Tryo ou Yann Tiersen dont ils assurèrent longtemps les premières parties. Puis il y eut J'ai demandé à la Lune, tube d'Indochine en 2002 écrit et composé par Mickael Furnon, le leader de Mickey 3D. Là, le public -et les médias- ont commencé à s'intéresser sérieusement à ce trio d'Ecotay-l'Olme, dans la Loire, et à sa musique. Ce troisième album du groupe, Tu vas pas mourir de rire, en partie enregistré à la maison, au calme, entre barbecues et parties de pétanque, pose un regard extrêmement pessimiste sur notre monde. La nature est pourrie par les humains, les enfants meurent d'exploitation ou dans les guerres, les relations humaines n'ont plus d'humaines que le nom… Bref, Mickey est désabusé plus qu'engagé, revendicatif mais défaitiste. Il n'en reste pas moins que cet album, qui sort enfin le groupe de la marge, est très attachant, et donc à découvrir d'urgence.

Ils nous avaient prévenus, et effectivement, on ne meurt pas de rire en écoutant ce troisième album de Mickey 3D. Les précédents opus, auto-produits, Mistigri torture en 1999, et La trêve en 2001, n'étaient déjà pas très gais, mais là, il est carrément difficile de trouver un titre qui soit plus adapté à l'ambiance des 14 (+1) chansons de l'album. Pourtant, Mickey avait pour intention initiale d'écrire un album "léger"… Oui mais voilà, il s'y est mis entre le 11 septembre 2001 et le 21 avril 2002, deux dates marquant deux actualités peu réjouissantes et qui ont quelque peu "énervé" l'auteur-interprète, qui n'a "pas pu [s'] empêcher de réagir face à tous ces événements"…

Dans le premier titre, Amen, le ton est donné dans la première phrase : "C'est une belle nuit pour faire la guerre"… Pas de référence au récent conflit en Irak, mais "une chanson pour louer la nature, [car] quoiqu'il se passe, on reste entouré d'un truc beau que nous détruisons". Même thème dans le tube Respire, qui tourne actuellement en boucle sur les radios, et dont le vidéo clip (d'animation) est une pure merveille. Les Harkis sont évoqués à travers la vie désespérément triste de Mimoun, portée par la voix de Mickey jouant sur la monotonie et l'errance. Les relations humaines ne prêtent guère à davantage d'optimisme, si l'on en croit Ça m'étonne pas (chantée en duo avec Najah) ou Si j'étais toi. La première raconte l'histoire d'un rendez-vous manqué entre le narrateur et "une jolie petite fille" tout juste arrivée dans le quartier. Ensemble, ils auraient pu "être amis, aller danser au bal, se balader sous les étoiles"… Oui mais voilà, les gens sont agressifs et "se méfient", alors "la guerre ça [ne nous] étonne pas" ! Nul doute que vous accueillerez différemment votre nouveau/velle voisin(e) après avoir écouté cette chanson ! Si j'étais toi n'est pas plus réjouissant, puisque là c'est l'amitié qui est remise en cause, l'ami auprès duquel on vient chercher du réconfort réagissant "à l'envers", ou tout au moins de manière surprenante.


Revenir à la pureté de l'enfance

Autre thème récurrent sur l'album, celui de l'enfance, à travers quatre morceaux : Beauseigne, La peur, Les enfants, Demain finira bien ? A travers lui, Mickey reconnaît vouloir "revenir à quelque chose de pur, d'innocent, de naïf. Les enfants sont peut-être l'espoir, le seul". Il ajoute que l'enfance "est peut-être la meilleure période de [la] vie, sauf quand [elle] est difficile". Cependant, cette enfance est à chaque fois abordée sous des angles différents : les enfants victimes de la guerre (Beauseigne) ou du travail (Les enfants), autobiographique (La peur), ou encore le monde vu à travers les yeux d'un gamin (le très énergique et réussi Demain finira bien ?).


Musique ensoleillée

Paradoxe de l'album, même si le texte est bien mis en avant pour que le message passe bien, les ambiances musicales sont plutôt conviviales, estompant ainsi quelque peu le pessimisme des textes et des thèmes. Les mélodies sont entraînantes, entêtantes, les arrangements respirent le soleil, le piano croisant l'accordéon, la batterie rythmant la guitare. Le tout avec une touche d'électro (La peur) apportée par Jojo (Aurélien Joanin), et d'orientalisme apportée par Najah (Najah El Mahmoud), Mickael restant lui fidèle au folk (Les gens raisonnables). Le mélange de ces rythmes et de ces influences apporte une grande richesse à l'album, qui ne souffre aucunement de ce manque d'homogénéité. Mention spéciale au superbe Yalil (la fin des haricots), rendue résolument joyeuse par son style "rock-arabisant" malgré un thème toujours aussi peu réjouissant… A noter la voix si particulière de Mickey, parlée plus que chantée, qui renforce l'impression de désenchantement qui se dégage des chansons.

Au final un album à éviter les jours de déprime, à moins de conserver un tube de Prozac à portée de main. Mais des textes à écouter attentivement, car même si "le monde est pourri", comme le regrette Mickey, "il y a encore quelque chose à en tirer ! ". Et d'espérer que la musique, fédératrice, puisse éventuellement avoir un rôle à jouer pour faire avancer les choses. Même si l'artiste " ne se pose pas trop de questions " là-dessus, se considérant d'abord et avant tout comme un " citoyen qui profite du fait que sa musique soit écoutée par des gens pour s'exprimer". Et pour agir aussi, puisque le groupe préfère l'action dans le milieu associatif (nombreux concerts au profit de différentes causes) à la politique, qui ne les " branche " pas trop. On verra Mickey 3D cette semaine sur la scène du printemps de Bourges, en première partie de Renaud. En ensuite en tournée dans toute la France.

Chrystèlle MOLLON / 20 Avril 2003
Photo © X./Virgin

MICKEY 3D
Tu vas pas mourir de rire
Virgin


  • Amen
  • Respire
  • Mimoun, fils de Harki
  • Yalil( la fin des haricots)
  • Les gens raisonnables
  • Demain finira bien ?
  • Les enfants
  • La peur
  • La vallée
  • Ça m'étonne pas
  • Si j'étais toi
  • Chanson de rien du tout
  • La mort n'existe pas
  • Beauseigne