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    INTERVIEW
  • Lionel Florence
  • Un autoportrait composé de l'extérieur. C'est ainsi que l'on pourrait qualifier ce huitième album de Marc Lavoine, dépourvu de titre. Autoportrait, c'est lui-même qui le dit : "Fondamentalement, je voulais montrer qui je suis, d'où je viens, ce que je ressens, ce dont j'ai envie…". Et pourtant, jamais l'artiste ne s'était tant appuyé sur d'autres auteurs ou/et compositeurs : Jean Fauque, Jacques Duvall, Marc Esposito, Richard Mortier, Georges Lunghini, Frédéric Mormont, Romano Musumarra, J. Kapler participent à l'album. En outre, on y dénombre trois titres (plus le bonus track) qui ne sont pas des inédits.


    Mais en fait, si cet album est finalement si personnel, c'est parce qu'on y perçoit bien l'univers de Lavoine, jusque dans les reprises, de ses propres chansons ou de celles des autres. Un album aux styles musicaux variés, du jazzy (N'oublie jamais) à la pop (Passent les nuages), de la ballade (Chère amie) à la "japonaiserie" (Ma jonque est jaune et surtout la reprise d'Elle a les yeux revolver), de la bossa (Mucho embrasse-moi) aux sonorités maghrébo-orientales (reprise de Paris), le tout dans une atmosphère très calme, comme une balade au rythme des jonques et des nuages…


    Et la voix, si grave et si élégante de l'interprète, apporte une touche très personnelle à ces différentes atmosphères. Elle nous entraîne en douceur dans ces régions que l'artiste affectionne : l'Angleterre, l'Asie, la Méditerranée, l'Europe de l'Est…


    Duelliste de charme

    Avec cet album, Marc Lavoine confirme sa passion du duo et des voix féminines, "des histoires d'amour de 3 minutes 20" : J'ai tout oublié, ou la déchirure amoureuse dont le chanteur sait si bien faire parler (puisqu'il n'est que le compositeur du titre), qui cartonne actuellement en radio, avec la belle italienne Cristina Marocco ; Je ne veux qu'elle avec Claire Keim, Paris avec l'artiste algérienne Souad Massi, et Chère amie, avec Françoise Hardy.


    On n'attendait pas vraiment ces arrangements orientalisants sur Paris, arrangements réalisés par la chanteuse elle-même. Ils nous éloignent considérablement de cette déclaration d'amour à la capitale qu'était la version originale. Toutefois ce duo constitue pourtant bel et bien l'une des vraies réussites de cet album si l'on en oublie les belles paroles pour se concentrer sur la musique, celle des voix mêlées, et celle des instruments maghrébins, rappelant plutôt l'ambiance d'Alger ou de Rabat que celle de Paris. Du coup, bonne idée que cette substitution des trois derniers vers originaux par leur version en arabe.


    Quant à Chère amie, Françoise Hardy y apporte une véritable émotion, amplifiée par le superbe arrangement piano (d'Alain Lanty) et cordes (de Christophe Guiot). C'est sans doute sa voix qui se marie le plus harmonieusement à celle de son partenaire, grâce à son "éclat lunaire" qui fait mieux encore ressortir les mots de l'auteur.


    Adaptation des classiques

    Lorsqu'il avait 14 ans, Marc Lavoine rêvait de devenir poète, bercé par les vers de Rimbaud, Verlaine, Prévert, Cocteau ou Apollinaire. C'est un poème de ce dernier, Le pont Mirabeau, qu'il a choisi d'adapter, comme Léo Ferré l'avait fait avant lui. L'arrangement assez pop ne met malheureusement pas vraiment le texte en valeur, même si la mélodie est accrocheuse. Mais ce titre bien diffusé en radio à l'automne 2001 aura au moins eu pour avantage de permettre à beaucoup de découvrir cet écrit du poète.


    Autre adaptation, J'aurais voulu, tiré de "La Moldau", une partition classique de Smetana Bedrich Friedrich, compositeur tchèque dont le frère de l'artiste était un grand fan. Le résultat est magnifique, faisant de ce titre LA perle de l'album. Le texte est profondément touchant, lyrique et passionné, l'adaptation musicale fort réussie, soutenue par une programmation rythmique entêtante mais parfaitement adaptée.


    Après la perle, la plus grosse fausse note de l'album : Mucho embrasse moi, adaptation en français du tube Besame mucho de Consuelo Velasquez. C'est parce que cette chanson l'accompagne depuis qu'il est tout petit que Lavoine a choisi de la reprendre, "en y mettant un peu de folie, un petit côté sensuel et rieur". Sans aller jusqu'à la qualifier de ridicule, cette reprise n'apporte rien à l'album, l'interprète n'ayant pas besoin de nous prouver sa sensualité par ce biais.


    Au final un album effectivement très personnel, calme et posé comme on imagine l'artiste, dont on retient principalement le cadeau fait à ses quatre partenaires de duos : ils résument à eux seuls la générosité et la séduction dont Marc Lavoine fait preuve dans ce disque.

    Chrystèle MOLLON / Janvier 2002
    Photo © X./Mercury

    Marc LAVOINE
    Marc Lavoine