DOSSIERS
  • Notre Dame de Paris
  • Luc Plamondon

    INTERVIEW
  • Hélène Segara
  • Difficile de chroniquer un album censé être la base d'un spectacle musical…

    D'autant plus quand l'histoire est aussi incontournable, célèbre et magique que celle du Petit Prince, d'Antoine de Saint-Exupéry, œuvre la plus vendue après la Bible .

    L'équipe du spectacle (Victor Bosch à la production, le tandem Elisabeth Anaïs/Richard Cocciante à l'écriture et à la composition) n'avait d'ailleurs pas le droit à l'erreur en s'attaquant à une œuvre aussi mythique et universelle, traduite en quelque 80 langues. C'est pourquoi l'écriture et la conception du spectacle (jusqu'au découpage des scènes) s'est faite en étroite collaboration avec les héritiers et les ayants droit de l'écrivain.

    Le scénario est évidemment sans surprise, et les 24 chansons de l'album suivent fidèlement le fil de l'histoire que la plupart d'entre nous connaissons par cœur. On commence par la présentation succincte de l'aviateur, interprété par Daniel Lavoie (ex-Frollo de Notre-Dame de Paris), à travers la Dédicace et C'est un chapeau. C'est alors la rencontre entre Saint-Ex', ou du moins l'"aviateur", et le petit Prince (Droit devant soi). Puis débute la narration de son voyage par l'unique habitant de l'astéroïde B 612, et l'énumération des planètes qu'il a visitées (Je t'ordonne, avec le Roi, Moi je, avec le Vaniteux, Je bois pour oublier avec le Buveur, Je suis un homme sérieux, avec le Businessman, C'est la consigne avec l'Allumeur de réverbère, et Je prends note, avec le Géographe).

    Remarquons d'ailleurs la bonne interprétation de ces divers personnages, alors que l'on reste un peu sur sa faim quant à celle du Petit Prince (Jeff) : le jeune garçon (12 ans) est certes très appliqué, mais cette interprétation un peu "scolaire" laisse bien (trop) peu de place à l'émotion, si indispensable dans cette histoire, comme l'avait démontré le célèbre enregistrement de Gérard Philippe et Georges Poujouly.


    Septième planète de son périple, la Terre déçoit quelque peu le petit Prince, puisque même en montant sur une haute montagne, il ne parvient pas à apercevoir "d'un coup toute la planète et ses habitants". Puis vient la rencontre avec l'écho (probablement la meilleure chanson de l'album), avec le renard, les roses du jardin, qui lui font comprendre que "sa" rose n'était pas unique au monde… Et c'est enfin le temps de la séparation d'avec l'aviateur (On aura toujours rendez-vous, premier single).


    Les paroles reprennent souvent fidèlement le texte d'origine, parfois par extraits ("On ne voit bien qu'avec le cœur / Il faut comprendre, l'essentiel est / Invisible pour les yeux…" dans Le jardin des roses), ou intégralement, comme dans les chansons retraçant la rencontre du personnage principal avec les habitants des différentes planètes visitées. L'auteur s'éloigne avec plus ou moins de réussite du texte d'origine, une chanson à message "écologiste" comme Les baobabs relevant bien plus de préoccupations actuelles que de la première moitié du XXème siècle…


    Côté musique, rien de bien surprenant non plus : Richard Cocciante sait faire de belles mélodies efficaces, il l'avait déjà prouvé pour Notre-Dame de Paris. Mais on reste là dans la droite lignée des comédies ou spectacles musicaux de ces dernières années, aux arrangements soignés mais attendus, et on est bien loin de l'originalité et surtout de l'avant-gardisme d'un Michel Berger qui composait Starmania à la fin des années 70…

    Mais il est vrai que ces spectacles musicaux, comédies musicales ou opéra pop ou rock, quel que soit le nom qu'on leur donne, sont aujourd'hui tellement calibrés pour satisfaire aux goûts du jour qu'il est bien difficile de se risquer à sortir des sentiers battus, même lorsqu'on dispose d'un budget de près de 3 millions d'euros !

    Signalons toutefois la présence de Jannick Top à la co-réalisation du disque et à la basse, Claude Engel aux guitares, Marc Chatereau aux percussions, et enfin Michel Coeuriot aux claviers.


    Attendons toutefois de voir le spectacle sur la scène du Casino de Paris à partir du 1er octobre. Victor Bosch, le producteur, qui faisait déjà partie de l'aventure Notre-Dame de Paris avant qu'il ne se brouille avec Luc Plamondon, sait qu'il n'a pas le droit à l'erreur, aussi nous promet-il un "nouveau type de spectacle musical" : d'abord en alliant la nécessaire fidélité au texte d'origine et la modernité que la représentation scénique d'une telle œuvre impose. Pour cela, il a fait appel à Jean-Louis Martinoty pour la mise en scène, à Hans Schavernoch pour les décors, et surtout à Jean-Charles de Castelbajac pour les costumes, ce qui, selon le producteur, devrait pousser en avant le côté créatif et avant-gardiste de ces artistes.

    Autre particularité du spectacle : sa présentation au Casino de Paris, "petite" salle de 1400 places pour, dit-il, "retrouver une vraie relation salle-scène". L'allusion à Cindy, nouvel "opéra pop" de Luc Plamondon, qui débute quelques jours plus tôt dans l'immense salle du Palais des Congrès, est à peine voilée…

    Mais Victor Bosch ne craint pas cette concurrence : d'abord parce "qu'il y a de la place pour tout le monde", se rassure-t-il, mais surtout parce que "finalement, l'histoire de Cendrillon, c'est qu'elle attend son prince !"… Espérons donc que de bonnes fées se pencheront sur le petit Prince, et que les spectateurs ne lui feront pas faux bond tout au long des 18 mois pour lesquels le producteur a d'ores et déjà réservé la salle parisienne.

    Chrystèle MOLLON / Juillet 2002
    Visuel © X./Mercury

    Cocciante/Anaïs
    Le petit prince