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  • Voilà quatre ans qu'on l'attendait ! Parce que le nouveau Goldman est toujours un événement. Pour ses fans bien sûr, mais aussi pour le PMF (Paysage Musical Français), Jean-Jacques Goldman étant, avec Alain Souchon et Francis Cabrel, le plus gros vendeur de l'hexagone, et ce sans même que ni le chanteur ni sa maison de disque ne manifestent la moindre inquiétude à la veille de son apparition dans les bacs.


    Album concept ?

    Le 20 novembre sortait donc Chansons pour les pieds, un album concept qui se veut un hommage aux musiciens de bals, dont il fit partie au début de sa carrière. "Bien plus que dans un stade, bien plus qu'à l'Opéra ou à la télé, c'est dans les bals que les musiciens m'impressionnent, me touchent le plus, là où ils me semblent les plus nobles, irremplaçables, capables de nous faire nous lever, nous regarder, nous parler, nous désirer, nous frôler (…)"

    Douze chansons donc, chacune définie par un style musical particulier, de la tarentelle (Tournent les violons) à la fanfare swing (Les p'tits chapeaux), en passant par la gigue (Et l'on n'y peut rien), le canon (Ensemble), la technorientale (Une poussière), le rock (The Quo's in town tonite) ou le zouk lent (Je voudrais vous revoir).


    Mais Chansons pour les pieds, c'est d'abord un bel objet. Depuis quelques années, Jean-Jacques Goldman accorde une attention toute particulière au boîtier de ses albums, par nostalgie des vinyles et de leur grande pochette que l'on exposait, explique-t-il.


    L'album se présente donc dans un boîtier métallique laqué blanc, contenant une merveille de livret de 64 pages illustré par Zep, le "papa" de Titeuf. Le "tendre voyeur", comme l'appelle JJG, a su magnifiquement illustrer de ses crayons, plumes, pinceaux et couleurs les textes de l'auteur, apportant effectivement une jolie touche de tendresse et d'humour à ce qui n'est habituellement qu'un simple recueil de paroles.


    Quant au contenu du cd, il est de prime abord… déroutant. Notamment par la présence d'instruments anciens que l'on n'est plus habitué à entendre aujourd'hui : vielle, bodhran ou cornemuse… Et l'absence d'autres -la batterie essentiellement- que l'on croyait pourtant irremplaçables… avant l'arrivée des boites à rythme d'Erick Benzi (arrangeur sur CPLP comme sur les deux précédents albums) … Un comble dans un album qui se veut un hommage aux musiciens !

    Mais finalement, rapidement, la surprise laisse place à un sentiment de "déjà entendu" rassurant : mais si, Et l'on n'y peut rien, derrière son qualificatif de "gigue", Tournent les violons, "tarentelle", ne sont rien d'autre que des blues-rock comme Jean Jacques Goldman sait les faire depuis toujours, simplement décorés de quelques instruments inhabituels dans ce style musical !

    Et c'est rassurant dans le sens où certaines incursions dans des genres a priori étrangers au compositeur ne sont pas des réussites : c'est le cas de C'est pas vrai, véritable catastrophe musicale, qui se voudrait à la fois "disco" d'après le qualificatif du compositeur, house et dance, mais qui sonne plutôt comme une sorte d'objet musical non identifié, "cheap" et sans grand intérêt…

    En revanche, on est séduit par le "technoriental" d'Une poussière, la "fanfare-swing" des P'tits chapeaux, ou encore le "zouk lent" (?) de Je voudrais vous revoir... Même si certains qualificatifs musicaux semblent d'ailleurs un peu étriqués, tant la différence est ténue entre un slow, une ballade et même un zouk lent, ou entre un rythm & blues et un pop…

    Une vraie volonté de renouvellement musical donc dans cet album, davantage atteinte d'ailleurs dans les arrangements que dans la musique elle-même, puisque les puristes ne manqueront pas de relever les similitudes entre par exemple The Quo's in town tonite et J'irai où tu iras (pour Céline Dion) ou entre The Quo's in town tonite et J'l'aime aussi.


    Ne pas danser idiot

    Autre et principale réussite de l'album, les textes. C'est le point fort de Jean-Jacques Goldman depuis qu'il reconnaît lui-même tourner en rond dans sa musique. L'auteur réussit encore une fois à faire mouche, et il semble improbable que même ceux qui sont d'abord attachés à la musique ne soient pas touchés par la sensibilité de textes comme ceux de Je voudrais vous revoir, Si je t'avais pas, ou la pertinence d'Une poussière, Les choses ou Et l'on n'y peut rien.

    "Les paroles relèvent d'une conversation avec les gens qui m'écoutent", dit Goldman. Nous l'avions quitté il y a quatre ans sur En passant avec l'amertume laissée par la fin d'un amour et une séparation ; nous le retrouvons aujourd'hui jeune marié et plus épris que jamais. En témoigne la place de l'amour dans Chansons pour les pieds, sujet principal de quatre morceaux (cinq si l'on y inclut le "bonus track" final), mais finalement présent dans les trois quarts de l'album. L'amour conjugué au présent (Si je t'avais pas, Les p'tits chapeaux) comme au passé (Je voudrais vous revoir), vu sous un angle personnel ou universel (Et l'on n'y peut rien).

    Goldman est-il un chanteur engagé ? "Non" répond-t-il, pas dans ses chansons du moins (mais dans des œuvres sociales telles que les Restos du Cœur, puisqu'il en est le "patron artistique" depuis une dizaine d'années). Ses thèmes de prédilection sont toutefois bien présents dans cet album, à travers sa dénonciation des abus de pouvoir (Un goût sur tes lèvres), sa sainte horreur des lieux communs (C'est pas vrai), ou encore du matérialisme primaire (Les choses). Bien que dans ce dernier cas, on puisse se demander si la dénonciation justement de cet impérialisme du "paraître" ne fait pas partie de ces lieux communs qu'il abhore

    Au final, la magie Goldman a une fois encore opéré, nous offrant une combinaison de textes, de musiques et d'arrangements le plus souvent heureuse. Douze chansons qui devraient être appréciées des radios (elle diffusent déjà depuis le début du mois le canon Ensemble enregistré avec la chorale des Fous chantants d'Alès) et qui sont déjà plébiscitées par les auditeurs, qui se ruent en masse sur le coffret blanc.

    Un succès qui annonce déjà celui de la tournée prévue à partir du printemps (on en reparlera sur InfosMusic.net), et que nos pieds attendent déjà avec impatience !

    Chrystèle MOLLON / Novembre 2001
    Photo © Claude Gassian/Columbia



    Jean-Jacques GOLDMAN
    Chansons pour les pieds

  • Ensemble
  • Et l'on n'y peut rien
  • Une poussière
  • La pluie
  • Tournent les violons
  • Un goût sur tes lèvres
  • Si je t'avais pas
  • C'est pas vrai
  • The Quo's in town tonite
  • Je voudrais vous revoir
  • Les petits chapeaux
  • Les choses
  • La vie c'est mieux quand on est amoureux