DOSSIERS
  • Jean-Jacques Goldman

    INTERVIEW
  • Lionel Florence
  • L'impression qui ressort de l'écoute du premier album de Frédéric Lerner est que ce jeune homme est capable de faire beaucoup mieux... On devine en effet un vrai talent derrière ces premières chansons, qui pourra se développer à la condition qu'il parvienne à se débarrasser de l'étiquette successeur officiel de Jean-Jacques Goldman que sa maison de disque (Columbia) lui a collée pour promouvoir son lancement, mais qu'il cultive pour l'instant allègrement. Nous y reviendrons.


    On trouve de multiples collaborations extérieures sur On partira. Certaines assez heureuses (Philippe Amar), mais d'autres qui me semblent moins réussies. C'est le cas notamment de Grâce à vous, signée Philippe Labro/Fred Blondin, une sorte de remerciement au public, initialement destinée à Johnny Hallyday. Or autant le texte aurait "collé" au premier, autant il apparaît un peu prématuré et démagogique dans le premier album d'un chanteur qui n'avait jamais fait de scène avant d'enregistrer son disque. L'influence de son producteur, Jean-Claude Camus, qui s'occupe également de Johnny, n'est sans doute pas étrangère à cette rencontre et collaboration que l'on n'attendait pas.


    Quant aux titres dont Frédéric Lerner est l'auteur-compositeur, il sont eux plus accrocheurs, notamment Tu manques, Il ne restera ou Doucement dors, avec des mélodies agréables, et malgré des arrangements qui cèdent à la grande mode des envolées de cordes à tous les coins de chansons. On perçoit donc à travers ces chansons un réel potentiel de composition et d'écriture, même quelques progrès restent à faire en particulier au niveau des textes, pour sortir des rimes et clichés un peu faciles.


    Mais surtout, il lui faudrait se libérer de l'influence de Jean-Jacques Goldman donc, incroyablement présente dans les textes, mais aussi dans le personnage de Lerner. On a beaucoup parlé de la voix du jeune artiste, proche dans les intonations de celle de Goldman, mais il s'agit là certainement plus d'un hasard que d'un véritable mimétisme. Cependant, pour ce qui concerne les textes, On partira évoque inévitablement On ira, à cause de la similitude du titre mais aussi du thème (Partons d'ici pour nous inventer une vie meilleure à deux là-bas). Le fait d'avoir choisi ce titre pour l'album ne fait que renforcer le parallèle. Mais il y a surtout Tu manques. Déjà, bien sûr, le titre attire l'attention de quiconque a déjà entendu la version de Goldman (sur le premier album du trio Fredericks/Goldman/Jones, 1991), d'autant qu'il s'agit tout de même d'une structure grammaticale assez inhabituelle. Ensuite il y a le style de la chanson, très calme, un titre qui pourrait difficilement sortir en single. Enfin et surtout, il y a les paroles : "Tout doucement / Tu manques", "Evidemment / Tu manques", "Infiniment / Tu manques" "Terriblement / Tu manques", "Tout simplement / Tu manques"... Un texte véritablement très proche de la version de JJG. En outre, les deux chansons parlent de rupture, même si elle est définitive pour Goldman (la mort de son père), et sentimentale pour Lerner. Interrogé sur ces similitudes, le jeune chanteur semble presque surpris, et explique qu'il a tellement écouté son "modèle" que lorsqu'il écrit, ce sont parfois les mots de son aîné qui lui viennent à l'esprit, sans qu'il s'en rende forcément compte, ni que ça le dérange puisqu'il assume la référence.


    L'influence de Jean-Jacques Goldman, on la trouve aussi à travers le petit texte manuscrit de la dernière page du livret : "On prend souvent des routes différentes de ceux qu'on aime sans savoir pourquoi. Besoin d'une autre histoire... peut-être ! On délaisse, on blesse, on s'allie même. Mais les premières zones d'ombre nous ramènent toujours sur nos traces essentielles, celles gravées à jamais dans notre écorce. On partira, ou la présence de Christophe Deschamps à la batterie sur la chanson titre de l'album. Par ailleurs, consciemment ou pas, Frédéric Lerner rappelle Jean-Jacques Goldman par son look : même coupe de cheveux que ce dernier au milieu des années 80, et sur scène, même jean (noir) et chemise (blanche). Certes, c'est une façon comme une autre de s'habiller... mais comme par hasard, c'est la même que son "modèle".


    La ressemblance initiale est donc certes là, mais elle est entretenue et accentuée d'une façon assez troublante. Or il est difficile de comprendre comment il a pu (et comment on a pu le laisser) pousser le mimétisme à ce point ! Le lancer comme le nouveau Goldman, c'est bien sûr vendeur, mais en faire un véritable Goldman bis, est-ce que ça ne risque pas de lui nuire bien plus que le servir ? Or il est impossible que tout cela ne soit pas calculé, choisi, voulu, par la maison de disque et le producteur... Difficile de croire que les textes ne sont pas relus et encore relus par nombre de personnes différentes, et qu'aucune ne lui a fait remarquer qu'il allait un peu trop loin dans le mimétisme. Même chose pour le look. Ce qui est d'autant plus dommage que Frédéric Lerner se révèle être un artiste fort sympathique, attachant, et doué, mais dont le talent semble pour l'instant annihilé par le personnage qu'il se crée et/ou qu'on lui crée… qui laisse parfois l'impression embarrassante de voir un pantin manipulé... Impression renforcée quand on voit la manière dont Jean-Claude Camus s'occupe de son poulain, l'accompagnant sur les plateaux télé et faisant du forcing auprès des radios pour qu'elles diffusent le second single On partira. Or si cela peut fonctionner sur une chanson, voire un album, cela risque d'être moins aisé sur la durée.


    L'avenir nous le dira. Espérons qu'il nous donnera tort…

    Chrystèle MOLLON / Novembre 2001
    Photo © Photomobile

    Frederic LERNER
    On partira

  • Si tu m'entends
  • Cybelia
  • Je l'oublie
  • Grâce à vous
  • Si et seulement si
  • Il ne restera
  • La règle du je
  • On partira
  • Doucement dors
  • J'ai envie de vivre
  • Mal de toi
  • Tu manques